Sénégal : face à la montée de la pédocriminalité, l’État appelle à une mobilisation nationale pour protéger les enfants


Lecture 5 min.
Exploitation enfant
Exploitation enfant

Le ministère sénégalais de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités a lancé, samedi 21 février, un cri d’alarme solennel face à la multiplication des cas de pédocriminalité et de violences commises à l’encontre des mineurs sur le territoire national. Dans un communiqué, le département ministériel a condamné des actes qu’il qualifie d’inacceptables et qui menacent l’intégrité physique et psychologique des plus jeunes, tout en appelant l’ensemble de la société sénégalaise à se mobiliser pour endiguer ce fléau.

Le constat dressé par les autorités est sombre. La recrudescence des agressions visant les enfants, en particulier ceux en situation de vulnérabilité, enfants des rues, talibés, orphelins ou mineurs vivant dans des foyers précaires, préoccupe au plus haut point le gouvernement. Le ministère rappelle que toute forme de violence ou d’exploitation commise sur un enfant constitue une infraction pénale grave, passible de poursuites et de sanctions rigoureuses. Le Sénégal dispose d’ailleurs depuis 2020 d’une loi criminalisant spécifiquement le viol et la pédophilie, renforçant un arsenal juridique que les autorités entendent appliquer avec la plus grande fermeté.

Cette sortie officielle intervient dans un contexte particulièrement marqué par plusieurs affaires retentissantes. Ces derniers mois, les révélation sur l’affaire Pierre Robert a montré les dérives d’un réseau qui a sévit plusieurs année dans l’impunité. Une enquête judiciaire française a mis au jour un réseau pédocriminel international impliquant des ressortissants français qui organisaient des abus sur des mineurs sénégalais vulnérables, certains âgés de cinq ans à peine.

Cette affaire, concernerait jusqu’à 150 victimes. Elle a révélé l’existence de complicités locales. En effet, actif depuis 2017, le réseau reposait sur des intermédiaires sénégalais rémunérés par transferts d’argent (plus de 50 000 euros envoyés au total) pour recruter des enfants vulnérables âgés de 5 à 17 ans, principalement à Dakar et dans la station balnéaire de Saly.

Globalement, less faits divers rapportés par la presse sénégalaise témoignent d’une banalisation préoccupante des agressions sexuelles sur mineurs, que ce soit dans le cadre familial, scolaire ou communautaire.

15 000 jeunes filles victimes

Les données disponibles confirment l’ampleur du phénomène concernant les mineures. Selon l’UNICEF, environ 15 000 filles sénégalaises âgées de 15 à 17 ans seraient victimes de violences sexuelles. Le Comité des droits de l’enfant des Nations unies a par ailleurs relevé que neuf enfants sur dix au Sénégal subissent au moins un acte de violence au cours de l’année scolaire, à l’école ou à la maison. Les châtiments corporels demeurent largement répandus, et les mécanismes de signalement restent insuffisamment connus ou utilisés par les populations.

Le ministère a rappelé à cet égard l’existence du numéro gratuit 116, destiné à recueillir les alertes, et invite les citoyens à contacter également la police ou la gendarmerie en cas de danger avéré.

L’ensemble de l’Afrique de l’Ouest concernée

Le Sénégal n’est malheureusement pas un cas isolé. L’ensemble de l’Afrique de l’Ouest est confronté à des défis considérables en matière de protection de l’enfance. En Côte d’Ivoire, une enquête nationale a établi que 61 % des garçons et 47 % des filles ont subi des violences physiques avant l’âge de 18 ans, tandis que près d’une femme sur cinq rapporte avoir été victime d’abus sexuels durant l’enfance.

En Guinée, des ONG dénoncent régulièrement l’insuffisance des réponses étatiques face aux agressions dont sont victimes les mineurs, entre exploitation économique et violences sexuelles. Selon l’ONUDC, les enfants représentent plus de 60 % des victimes de traite détectées en Afrique de l’Ouest, alimentant des circuits d’exploitation qui traversent les frontières du Bénin au Gabon, du Mali à la Côte d’Ivoire.

Au Gabon, le gouvernement a récemment reçu la Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU chargée de la lutte contre les violences faites aux enfants, soulignant l’urgence d’établir des cadres nationaux structurés et durables à l’échelle de toute la sous-région.

Le Sénégal veut réagir

Face à cette situation, le ministère sénégalais entend renforcer la coordination entre les acteurs de la protection de l’enfance, forces de sécurité, magistrature, travailleurs sociaux et société civile, pour améliorer la détection et la prise en charge des victimes. Plus largement, l’État réaffirme son engagement à garantir un environnement sûr et protecteur pour tous les enfants du pays.

Mais au-delà des déclarations d’intention, c’est bien l’effectivité des mécanismes de prévention, de signalement et de répression qui sera déterminante. Comme le concluait le communiqué ministériel, la protection des enfants est un devoir collectif qui engage chaque citoyen, chaque famille, chaque communauté.

Criss Bailly
LIRE LA BIO
Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News