Le doute l’emporte sur l’optimisme

L’espoir d’un retour véritable à la paix a été tempéré, lors de la cérémonie de clôture du dialogue intercongolais, ce mercredi 2 avril, par l’absence du président de RDC, Joseph Kabila et du chef du MLC, Jean-Pierre Bemba.

Une nouvelle page a-t-elle été tournée le 2 avril 2003 dans l’histoire politique du Congo? La question se pose à Kinshasa comme dans toute la République démocratique du Congo (RDC), après la signature, à Sun City, en Afrique du Sud, de l’acte final sanctionnant la fin de la situation de guerre. Un acte final qui ouvre une transition politique devant déboucher sur des élections démocratiques transparentes. Le temps s’est pratiquement arrêté, ce mercredi, en début d’après-midi, quand, à Sun City, devant une demi-douzaine de chefs d’Etat, les protagonistes de la longue crise politique congolaise ont enfin signé le document consacrant la fin de la guerre et la réunification de tout le pays. Un moment de grande émotion à Kinshasa. Emotion mêlée de scepticisme et même d’inquiétude tant l’avenir semble incertain.

Joseph Kabila n’était pas présent à la cérémonie de clôture du dialogue intercongolais. Cela crée un malaise dans certaines chaumières politiques. Jean-Pierre Bemba, le leader du Mouvement de libération du Congo (MLC), n’était pas présent lui non plus. Pour raisons de santé, a-t-il expliqué. Les commentaires vont dans les sens les plus divers. Mais une chose est sure: les Congolais veulent la paix. Et pour cela, ils ne s’attardent pas sur les détails. Le doute semble l’emporter sur l’optimisme. A Kinshasa, ce n’est pas l’enthousiasme.

Des accords attendus

L’événement a été diffusé en direct dans la capitale congolaise, sur les médias d’Etat. Les yeux rivés sur les écrans de télévision, beaucoup de Congolais ont cru rêver en suivant les déclarations de foi des ex-rebelles sur leurs intentions de troquer définitivement le treillis militaire contre le costume cravate de ministre et de député. Olivier Kamitatu, le secrétatire général du MLC, a déclaré que désormais il n’était plus le rebelle mais l’un des acteurs politiques qui devront asseoir le nouvel ordre politique au Congo.

Courtois, contrairement à ses habitudes, Olivier Kamitatu a dit toute la confiance qu’il accordait à la nouvelle Constitution qui doit être promulguée ce vendredi 4 avril ou samedi 5 avril.  » Cette nouvelle constitution, a-t-il dit, consacre pour nous une nouvelle ère jusqu’aux nouvelles élections. Nous avons enfin un cadre à travers lequel nous pouvons nous exprimer. Nous ne sommes donc plus l’opposition armée mais une opposition politique classique. C’est le plus important pour nous « .

Le danger rwandais et ougandais

L’espoir qui renaît est toutefois tempéré par de gros écueils auxquels les nouvelles institutions devront faire face. La signature de l’acte final de Sun City s’est déroulé sur un fond de bruits de bottes au Kivu, dans l’Est du Pays. En dépit de leur retrait officiel du territoire congolais, fin 2002, les troupes rwandaises et ougandaises ont renforcé leur présence militaire dans le Kivu et l’Ituri au point qu’il y a maintenant lieu de craindre une nouvelle confrontation. « La situation dans le Kivu et dans l’Ituri est un problème que le prochain gouvernement devra traiter avec le plus grand sérieux « , estime le professeur Philippe Biyoya, de l’université de Kinshasa. Ni le Rwanda, ni l’Ouganda n’ont jamais voulu quitter le Congo et tous deux recourent à de faux prétextes pour justifier leur présence. Le prochain gouvernement devra se montrer à la hauteur des nouveaux enjeux. Heureusement, il n’appartient plus à une seule composante de résoudre le problème. La perspective des nouvelles institutions permettra aux Congolais de cerner tous les problèmes ».

Pessimisme

Il reste à savoir si tout le monde au Congo appréhende l’événement de Sun City de la même manière. L’absence du président Joseph Kabila dans la ville sud africaine n’a pas rassuré les Congolais. Pour Tshidibi Ngondavi, directeur de la rédaction au quotidien Le Potentiel, paraissant à Kinshasa, Joseph Kabila n’aurait pas dû manquer la cérémonie de Sun City :  » Par son absence, le président de la république vient de commettre une erreur politique grave qui comporte des conséquences importantes pour la suite. Ce qui se passe en Afrique du Sud, c’est le couronnement de tout le processus qui visait la fin de la crise politique au Congo. Ses collègues chefs d’Etat ont accepté de faire le déplacement de Sun City mais pas lui. Je

trouve cela extrêmement irresponsable et cela m’inquiète « .

L’absence de Joseph Kabila à Sun City a provoqué des manifestations hostiles au gouvernement dans la cité diamantifère de Mbujimayi. La police a dû tirer en l’air pour disperser les manifestants doublement surchauffés par le fait qu’Etienne Thsisekedi, le leader de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), n’ait pas été nommé vice-président de la République. Quant à Moustapha Niasse, le représentant du Secrétaire Général des Nations Unies, il a refusé de commenter l’absence à Sun City de Joseph Kabila. Il l’avait pourtant rencontré à ce sujet, la semaine dernière, à Mbandaka, dans la province de l’Equateur (RDC).  » Il m’avait dit qu’il était avec nous mais qu’il ne viendrait pas à Sun City. Je n’ai pas à chercher à savoir pour quelles raisons. L’essentiel est que les différentes parties au conflit aient signé l’accord « .

Sun City est donc terminé. Les délégués de Kinshasa étaient attendus jeudi 3 avril 2003 dans la capitale congolaise. Il n’y a pas d’animosité particulière ni d’enthousiasme notable. Tous les Congolais attendent la matérialisation des professions de foi entendues de la tribune de Sun City. La transition commence, en principe dimanche 6 avril 2003, avec la prestation de serment du Président de la république.