Le dilemme pétrolier nigérian

Le Nigeria, pays pétrolier, se trouve confronté à un dilemme cornélien : soit les autorités continuent à subventionner largement les ventes de carburant à l’intérieur des frontières, avec pour conséquences : manque à gagner et trafics, soit elles vendent l’essence à son prix réel, mais alors c’est l’impopularité qui guette…

En réaction à une hausse de 18% des carburants décidées lundi dernier, l’Union nigériane des travailleurs, la Nigeria Labour Congress (NLC) appelait la semaine dernière à une grève générale, par la bouche d’Adams Oshiomhole, son président. Les boutiques fermaient, les banques également, menacées sinon d’être considérées comme complices du pouvoir.

La réplique d’Olusegun Obasanjo n’a pas tardée : grève interdite et arrestation du leader du NLC ainsi que de quelques uns de ses proches collaborateurs. Conséquence immédiate : la grève générale n’aura duré que deux jours. Le Président nigérian a donc gagné cette bataille, au prix de quelques libertés prises avec le droit : le mot d’ordre de grève n’avait a priori rien d’illégal, et entrait bien dans les prérogatives d’un leader syndical… Alors pourquoi cette brutalité ? Parce que le sujet est brûlant.

Le pétrole ou la santé

Soutenue par les partisans du libéralisme économique et du libre jeu des marchés, la décision d’augmenter le prix de l’essence est diversement perçue par une population qui se dit qu’il est assez normal, puisque les hydrocarbures sont une richesse de son sous-sol, qu’elle y ait un accès privilégié…

Pourtant, en diminuant la différence entre le prix interne et le prix international, l’Etat nigérian lutte en effet contre plusieurs fléaux à la fois : d’abord, les trafics massifs vers les pays voisins, Niger et Cameroun par exemple, dans lesquels le pétrole se vend trois fois plus cher… Ensuite, la difficulté de trouver des revenus suffisants pour développer des politiques d’Etat ambitieuses dans des domaines comme la santé ou l’éducation.

Elections à l’horizon

La nervosité d’Olusegun Obasanjo se justifie d’autant mieux si l’on se souvient qu’en juin 2000, il avait dû revenir sur sa tentative d’augmenter de 50% le prix du pétrole dans le pays, la mesure ayant été rejetée par une grève générale, et des émeutes meurtrières… Cette fois, l’augmentation ne dépasse que de peu le rythme de l’inflation depuis la dernière hausse !

Mais peut-on mener une politique impopulaire à un an des prochaines élections ? Le problème qui se pose dans les mêmes termes dans tous les pays du monde touche aussi le Nigéria, où les prochaines élections générales sont programmées pour 2003… Il y a fort à parier, pour ce qui concerne l’essence, que le rattrapage des prix du marché attendra qu’elles soient passées !