Le développement du Ghana passe par des partenariats solides

Dans les coulisses de la douzième conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (Cnuced), qui s’est tenue la semaine dernière à Accra, il y avait beaucoup de délégations étrangères et d’intervenants spécialistes de la question de l’entrepreneuriat et du développement. Pourtant, pas évident d’avoir un interlocuteur avec un discours moins formaté que celui des officiels lors des débats. Daniel Djidula Agbebo, entrepreneur et membre de la Chambre de Commerce du Ghana, à la recherche d’investisseurs pour son pays, nous a parlé, lui, un langage claire et direct.

Notre envoyée spéciale à Accra

Jeune entrepreneur ambitieux, Daniel Djidula Agbebo est membre de la Chambre de Commerce du Ghana et Président directeur de la compagnie Djidula Industries Ltd, une société qui fabrique du verre pour le secteur du bâtiment. Il est venu chercher des partenaires pour développer le secteur du pétrole au Ghana, un pays qu’il juge vecteur de démocratie et considéré par les pays développés. Pour lui, il y a des potentialités énormes au Ghana et de la richesse à créer, pourvu que les investisseurs étrangers soient au rendez vous.

Afrik.com : Quelles sont les ressources naturelles que vous voulez voir développées au Ghana ?

Daniel Djidula Agbebo :
Le pétrole. Dans la région de la Volta, nous avons aussi du minerai de fer, du silicone et même de l’or, des réserves en abondance qui n’ont encore jamais été exploitées. Je voudrais m’impliquer dans le développement de ces ressources pour fournir tout le marché de la zone Ecowas.

Afrik.com : Quel genre de partenaires recherchez vous ?

Daniel Djidula Agbebo :
Si possible des partenaires des pays de l’est. L’Europe et l’Amérique sont déjà des investisseurs réguliers au Ghana. Je recherche donc des partenaires qui ne sont jamais venus au Ghana pour travailler sur des bases solides. J’ai rencontré le représentant de la Thaïlande et un spécialiste des hydrocarbures venu de Russie.

Afrik.com : Et au niveau de l’Afrique ? On parle beaucoup de l’émergence d’un nouveau Sud et d’intégration régionale ?

Daniel Djidula Agbebo :
Bien sur, si j’ai des partenaires africains, ce serait préférable pour l’image de notre continent. Nous cherchons aujourd’hui à renforcer nos groupes régionaux pour pouvoir nous positionner sur le marché mondial.

Afrik.com : Que pensez-vous de l’impact de cette conférence (Cnuced XII) sur le développement économique en Afrique ?

Daniel Djidula Agbebo :
Je dois avouer qu’il y a beaucoup de discours ici, et on ne voit pas d’impact réel sur les vies des peuples démunis dans certains pays d’Afrique. J’ai discuté avec une parlementaire italienne, qui a dit ceci : « Ces institutions internationales font de la politique sur le dos de l’Afrique ». Alors beaucoup de discours ne trouvent pas leur application sur le terrain. C’est pourquoi la Cnuced doit renforcer son influence sur les gouvernements. D’ailleurs, beaucoup de nos produits continuent d’être rejetés sur le marché mondial. Nous sommes lésés dans les accords commerciaux et tout ce qui provient d’Afrique est négligé au profit des produits manufacturés en Occident.

Afrik.com : Quel est votre opinion sur la crise alimentaire qui touche l’Afrique aujourd’hui ?

Daniel Djidula Agbebo :
La crise du pétrole influe directement sur la hausse des prix alimentaires. Le prix des machines destinées à la production mondiale alimentaire ont flambé et ces équipements et fertilisants dont nous avons besoin pour notre agriculture nous sont fournis à des prix exorbitants. Le coût de l’essence et des intrants agricoles, reste très élevé. Si leur prix baissait, nous pourrions produire plus. En général, soit nous avons l’argent et pas la technologie nécessaire, soit c’est l’inverse !
Un chercheur a découvert récemment qu’il y a dans le lac Volta, des herbes végétales, qui pourraient être utilisées comme fertilisant agricole mais leur traitement requiert beaucoup d’argent. Ces mauvaises herbes tapissent le fond du lac et peuvent provoquent des maladies aux riverains si elles ne sont pas traitées.

Afrik.com : Peut on seulement imputer la crise alimentaire à la flambée du prix du pétrole ? Certains pensent que l’agriculture vivrière a été négligée en Afrique ?

Daniel Djidula Agbebo :
Il est certain que nous dépendons des produits d’importation. Mais encore une fois, nous devons moderniser notre agriculture et l’industrialiser pour produire nos propres produits manufacturés, ce qui nous permettrait de générer plus de fonds et d’attirer les investisseurs. Nous ne pouvons pas être pris au sérieux sur le marché mondial, si nous ne pouvons fixer nous même nos propres prix. Nous devons donc varier et diversifier notre agriculture.

Afrik.com : Le Ghana semble moins subir la flambée des prix alimentaires. Vous importez pourtant beaucoup de produits alimentaires ? Pourquoi ?

Daniel Djidula Agbebo :
Le Ghana est une démocratie avancée comparée à ses voisins. Et pour cela, nous sommes respectés par les pays du Nord. Nous accueillons beaucoup de conférence et d’évènements ici. Les investisseurs viennent et les échanges commerciaux sont plus équilibrés qu’ailleurs. Ce qui fait la différence avec les autres pays. Même si les prix ont augmenté, le Ghana réagit mieux à la crise alimentaire en raison des politiques appliquées par notre gouvernement.

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