Le deuxième coup d’état du général Gueï

La Cour suprême du pays vient d’invalider les candidatures des deux principaux rivaux du général Gueï à l’élection présidentielle du 22 octobre.

En évinçant ses deux rivaux les plus sérieux à la course aux présidentielles, avec la protection des soldats qui tiennent la rue, l’ancien chef d’état major, Robert Gueï, a désormais les mains libres pour légitimer son pouvoir personnel par les urnes lors des élections présidentielles du 22 octobre. Après avoir tenté -en vain – de se faire investir par l’appareil du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et de discréditer Alassane Ouattara sur la base de documents -sans doute faux – établissant ses origines  » voltaïques « , le dernier acte de ce qu’il faut bien appeler le « deuxième coup d’Etat  » du général Gueï a bien eu lieu vendredi soir.

Seules cinq candidatures sur les 19 ont été retenues par la Cour suprême, alors que le couvre feu décrété par la junte est toujours en place. Outre le général candidat à la présidentielle, sont autorisés à se présenter, Laurent Gbabo, leader du Front populaire ivoirien (FPI) et membre du Comité national de salut public (CNSP), Francis Wodié du parti ivoirien des travailleurs (PIT), Théodore Mel de l’Union des démocrates de Côte d’Ivoire (UDCI), Nicolas Dioulo, candidat indépendant. Les deux principaux rivaux du général Gueï, Emile Constant Bombet de l’ex parti unique, le PDCI, et surtout, Alassane Ouattara, leader du Rassemblement des républicains (RDR), ont été exclus de la liste des présidentiables. Le premier pour son inculpation dans le cadre d’une affaire de détournement de biens publics. Le second pour sa filiation trouble et pour s’être  » prévalu  » de la nationalité burkinabé, ce qui le rendrait inéligible conformément à la constitution votée par 86% des Ivoiriens en juillet dernier.

« Mascarade « 

Au lendemain de cette décision la situation est calme à Abidjan. La population reste chez elle, abandonnant le pavé aux militaires. Le couvre feu et l’état d’urgence sont toujours en vigueur jusqu’au 9 octobre.

Si l’ancien Premier ministre, Alassane Ouattara n’a pas manqué de critiquer cette  » mascarade « , il a appelé ses partisans à ne pas commettre de  » violences « .

La décision de la Cour suprême n’est nullement impartiale. Le président de cette instance, le juge Tia Koné, a été désigné par le général Gueï. Une personne de confiance puisqu’il s’agit du conseiller juridique de l’actuel chef d’Etat depuis sa prise du pouvoir par les armes en décembre 1999.

Dernières inconnues : quelles seront les consignes de vote données aux militants du PDCI et du RDR qui constituent deux puissantes bases politisées du pays. Quelle sera l’attitude de pays comme la France qui a mis en garde contre toute  » exclusion arbitraire  » ou les USA qui ont envoyé vendredi un émissaire spécial, Nancy Powell, afin de demander des élections  » libres et justes « . Que feront l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et les pays voisins inquiets de la vague de xénophobie qui traverse le pays sur fond d' » ivoirité  » et des risques d’instabilités pour toute la sous région ?  » Les meilleures réponses n’ont pas besoin de questions « , assure un vieux proverbe chinois.