Le dernier combat de Donald Woods

Le Sud-Africain Donald Woods s’est éteint, à Londres, dimanche dernier. Agé de 67 ans, il avait consacré sa vie à la lutte contre l’apartheid, militant pour les droits humains et la liberté d’expression. Portrait d’un activiste passionné.

1987. L’Amérique, et bientôt l’Europe, découvre sur ses écrans cinématographiques  » Cry Freedom « , du réalisateur Richard Attenborough, un film ambitieux tentant de faire revivre les heures les plus sombres de l’apartheid en Afrique du Sud. Avec Denzel Washington dans le rôle de Steve Biko, leader noir charismatique torturé à mort par des policiers en septembre 1977 alors qu’il est en détention. Avec Kevin Kline dans celui de Donald Woods.

En 1977, Donald Woods est tout juste quarantenaire. Il est alors journaliste, directeur du Daily Dispatch depuis 1965 et ami de Steve Biko. Il est blanc et a fait du combat contre l’apartheid une croisade personnelle. Donald Woods s’est éteint à Londres dimanche dernier des suites d’un cancer incurable. A 67 ans. Si d’aucuns saluent son courage face à la maladie, Donald Woods n’aura pas remporté son dernier combat. Il laisse derrière lui sa compagne de 60 ans, à ses côtés pendant 39 ans, trois fils, deux filles et une réputation solide d’activiste anti-apartheid.

Plume arc-en-ciel

Le président Thabo Mbeki a adressé ses condoléances à la famille en rappelant l’engagement acharné de Woods et Nelson Mandela le décrit comme un  » Sud-Africain au-dessus du commun qui a tout donné pour faire avancer la cause de son pays « . En tant que directeur du Daily Dispatch dans les années soixante et soixante-dix, Woods est en effet le premier – et pour un moment le seul – à employer des journalistes noirs qu’il fait travailler sur les questions de l’apartheid.

 » Woods a introduit une nouvelle façon de parler des Noirs et de traiter de leurs problèmes. C’était un grand combattant des droits humains et de la liberté d’expression « , note Raymond Louw, ancien directeur du Rand Daily Mail. En traitant de la même manière Noirs et Blancs dans son journal,  » Woods a montré que le journalisme pouvait jouer un rôle positif et démocratique dans la société « , souligne Guy Berger du département journalisme et médias de l’Université sud-africaine de Rhodes.

Un citoyen à l’ONU

En 1977, Woods dénonce violemment la mort de son camarade Biko. Il est arrêté et banni pour cinq ans par le gouvernement en place. Il est rayé de la corporation des journalistes, interdit d’écrire, de parler en public et de voyager. Il quitte l’Afrique du Sud la même année. Déguisé en prêtre catholique, il passe au Lesotho ou il est rejoint par sa femme, Wendy, et ses cinq enfants. Il part pour la Grande-Bretagne en emmenant dans ses bagages un livre sur la mort de Biko qui sera traduit en dix-sept langues.

Son combat ne s’affaiblit pas avec l’exil. En 1978, il devient le premier citoyen privé invité à s’adresser au Conseil de sécurité des Nations Unies, à propos de la violation des droits de l’Homme en Afrique du Sud. Pendant 12 ans, il parcourt les Etats-Unis (36 tournées en tout), menant campagne contre l’apartheid. Il devient consultant pour l’Union européenne à Bruxelles et au secrétariat du Commonwealth à Londres.

Le sommeil du juste

Il multiplie les articles et les livres, dénonçant sans relâche le système de discrimination raciale prôné par le gouvernement sud-africain. Il ne retourne en Afrique du Sud qu’en août 1990, soit après 13 ans d’exil. Il y a effectué sa dernière visite en mai dernier, pour assister au mariage du fils de Biko, Nkosinathi.  » La vie de Donald doit être un exemple, particulièrement pour les Blancs de notre pays, car elle montre que nous pouvons tous être les agents du changement « , a déclaré ce Nkosinathi à l’agence de presse Reuters.

Woods venait d’être honoré l’année dernière par la reine Elizabeth II pour son travail en faveur des droits de l’Homme et avait en projet d’ériger une statue de Nelson Mandela à Trafalgar Square à Londres, un lieu bien connu des activites anti-apartheid car avoisinant la Haute Commission d’Afrique du Sud.

L’Afrique du Sud vient de perdre un ambassadeur et un fils qui portait bien son nom Xhosa :  » Zweliyanyikima « .  » Celui qui secoue la terre « .