Le credo africaniste des antidette : Alex de la Fores

Alex de la Forest est le secrétaire national en France de la campagne  » Pour l’an 2000, annulons la dette « . Il explique à afrik.com pourquoi, selon lui, dix-sept millions de personnes ont déjà signé sa pétition.

 » Pour l’an 2000, annulons la dette  » : c’est le credo de la campagne mondiale engagée dans le cadre du Jubilé 2000 du christianisme catholique. En France, c’est le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) qui coordonne l’activité de cinquante associations et trois syndicats (la CGT, la CFDT et la CFTC). Une manifestation visant à l’annulation de la dette extérieure des pays pauvres a réuni plusieurs centaines de personnes à Paris le 12 avril. Retrouvez la campagne sur le net.

afrik : Comment a débuté votre mobilisation et comment s’exprime-t-elle ?

Alex de la Fores : Tout a commencé en 1998, à l’échelon mondial, dans le cadre de la préparation de l’année jubilaire 2000. Le mouvement a fait tâche d’huile, d’abord en recueillant des signatures (17 millions, dont 550 000 en France), puis en organisant des actions médiatiques. Depuis le dernier sommet du G7 à Cologne, le 19 juin 1999, nous réunissons des gens tous les 19 juin, afin de rappeler aux Etats du Nord les engagements qu’ils ont pris ce jour-là envers ceux du Sud.

afrik : Concrètement, pensez-vous avoir obtenu déjà des résultats tangibles ?

Alex de la Fores : Il y a cinq ans, tout le monde qualifiait d’utopistes ceux qui prétendaient obtenir l’annulation de la dette : c’était, disaient le FMI et la Banque mondiale, économiquement impossible et politiquement incorrect. Nous avons rendu la question progressivement incontournable et aujourd’hui, tout le monde reconnaît que la résolution des problèmes entre le Nord et le Sud passe inévitablement par l’annulation de la dette.

D’autre part, Cologne a permis d’annuler la moitié de la dette de 36 pays africains, soit 70 milliards de dollars. En y regardant de plus près, on s’aperçoit d’ailleurs qu’il s’agissait d’une partie à peu près impossible à rembourser de toutes façons. Mais c’est un pas psychologique important.

afrik : Dans cette perspective, la conférence Afrique – Union européenne du Caire a-t-elle amené un progrès ?

Alex de la Fores : Le Caire a été décisif selon moi. Les chefs d’Etat africains ont gagné en confiance. Ils ont réussi à imposer politiquement leur volonté de mettre la dette au premier rang de l’ordre du jour. Quant aux sociétés civiles africaines, elles remettent de plus en plus en cause la notion d’ajustement structurel. Et c’est très bien ainsi, car notre objectif, à terme, n’est pas de régler les questions financières entre Etats du Nord et du Sud. Il est de soutenir et de réaliser le développement. C’est ce que nous redirons à Okinawa en juillet, lors du prochain G7.