Le crash de l’A310 de Yemenia déclenche la colère des Comoriens

Au lendemain du crash, en mer, de l’Airbus A310 de Yemenia Airlways, la communauté comorienne de France exprime sont mécontentement. Mercredi, à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, en région parisienne, quelques ressortissants ont tenté d’empêcher le départ d’un vol de la compagnie yéménite dont ils remettent en cause la sécurité de certains avions. Selon eux, cet accident était prévisible mais les autorités françaises et comoriennes, plusieurs fois alertées, n’ont rien fait pour l’empêcher.

Opération coup de poing ce mercredi matin à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle à Paris. Au lendemain du crash de l’Airbus A310 de Yemenia Airways à destination de Moroni, les Comoriens de France ne décolèrent pas. Ils ont tenté de bloquer le départ d’un vol de cette compagnie qui assurait la liaison Paris-Marseille-Sanaa, la capitale du Yémen. « Par respect pour la mémoire des victimes du drame, nous voulions que les vols de cette journée soient annulés », explique Mustapha Abdou-Raouf, l’un des porte-paroles de l’association SOS voyages aux Comores joint par Afrik.com. Mais les dirigeants de Yemenia n’ont rien voulu entendre. « Ils ont eu l’arrogance démesurée de nous dire que seule la mauvaise météo était à l’origine de l’accident », indique M. Abdou-Raouf.

« Des sièges à peine vissés…»

A Marseille, Plusieurs Comoriens ont pris d’assaut les agences de voyages pour les empêcher de vendre des billets de la compagnie yéménite. Les ressortissants comoriens remettent, en effet, en cause l’état de l’appareil qui s’est écrasé dans la nuit de lundi à mardi au large des Comores, faisant un peu plus de 150 disparus, dont une soixantaine de leurs compatriotes. Seule une adolescente de 14 ans a survécu au drame. M. Abdou-Raouf décrit : pour les vols entre la France et les Comores, les passagers embarquent à Paris à bord d’un avion répondant aux normes de sécurité, mais la compagnie organise ensuite une escale, parfois forcée, à Sanaa, au Yémen, y affrète un autre avion pour rejoindre Moroni, la capitale des Comores. « Ce sont souvent des appareils en piteux état dont les sièges sont à peine vissés, des ceintures de sécurité et des gilets de sauvetage manquent… », indique Mustapha Abdou-Raouf. Celui qui s’est abîmé dans la nuit de lundi était interdit du sol français. Car, dit-on au secrétariat d’Etat français aux Transports, cet avion vieux de 19 ans et ayant 51 900 heures au compteur avait présenté des « manquements » à certaines normes de sécurité, lors de son dernier contrôle en juillet 2007 à Marseille. « Nous n’avons pas autorisé l’avion à repartir avec des passagers, et comme par hasard on ne l’a jamais revu », a déclaré, sur France Inter, le secrétaire d’Etat français aux Transports, Dominique Bussereau.

« Le drame était prévisible, mais évitable… »

A Moroni, la capitale des Comores, on accuse la France. « Il y a énormément de compagnies qui sont interdites de faire voler leurs appareils en France, affirme le vice-président et ministre des Transports des Comores, Idi Nadhoim. Etonnamment la France ne nous a pas communiqué la liste des appareils de la compagnie Yemenia ». « J’aurais aimé que les Français nous informent de l’état de cet avion, qu’ils nous disent s’il avait des problèmes », ajoute-t-il.

Pour SOS voyages aux Comores, qui a été créée en 2007 pour, justement, dénoncer les conditions de voyages inhumaines entre Sanaa et Moroni, il s’agit d’une négligence aussi bien de la France que des Comores et de la compagnie aérienne. « Nous avons, maintes fois, écrit aux autorités françaises et comoriennes, à la direction générale de l’aviation civile et à la compagnie Yemenia pour les prévenir du danger que courraient les passagers. Mais personne ne nous a pris au sérieux », indique, amer, M. Abdou-Raouf qui ajoute : « cet accident était prévisible, mais évitable ». Le ministère français des Transports a failli à sa mission, d’après lui. « Les Comoriens, déclare-t-il, ont droit aux mêmes égards que tous les citoyens français.»

Une prière à la Mosquée de Paris

Yemenia, la compagnie incriminée, elle, nie tout manquement aux normes de sécurité. Les autorités du Yémen affirment que l’Airbus a été révisé en mai dernier et qu’il assure régulièrement des liaisons avec l’Europe. Il aurait même été autorisé à se poser la semaine dernière à Londres.

Pour l’heure, les recherches se poursuivent pour retrouver d’éventuels survivants. Mais les espoirs s’amenuisent au fil des heures. Une prière est prévue, jeudi, à 17h à la Mosquée de Paris. Devraient y assister, Nicolas Sarkozy, le président français, et les secrétaires d’Etat aux Transports, Dominique Bussereau et de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard.

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