Le coton transgénique séduit le Burkina

En gestation depuis plusieurs mois, le projet d’essais de culture du coton transgénique au Burkina Faso aurait commencé le mois dernier selon l’AFP. Néanmoins, la Sofitex, société parapublique qui contrôle la filière coton et Monsanto, la firme américaine qui développe cette culture à travers le monde, réfutent ces allégations.

Y a-t-il du coton transgénique au Burkina Faso ? Les rumeurs de semis en champs isolés ont trouvé leur écho dans la presse locale à la fin du mois, repris par l’AFP le 14 juillet. De concert, la Sofitex, société qui distribue les graines et exporte le coton, et Monsanto, la firme américaine qui a créé la graine transgénique, ont nié avoir commencé des essais.

« Ce sont les amis de José Bové qui affabulent », soutient un haut cadre de la Sofitex qui a souhaité garder l’anonymat. C’est au cours d’un colloque d’information où étaient réunis les producteurs, la Sofitex et Monsanto que la version officielle a été donnée : non, il n’y a aucun plant transgénique sur le sol burkinabé. Pour le moment. Car si cette réunion d’information a eu lieu, c’est qu’il y a un réel intérêt du gouvernement sur la question.

L’or blanc burkinabé

En effet, le Burkina Faso est un des plus gros producteurs de coton du continent, mais aussi un des pays les plus pauvres. Tout un pan de l’économie repose sur cet or blanc, à tel point qu’il constitue près de 60 % des recettes de l’Etat et compte 2,5 millions de producteurs (sur 11 millions d’habitants).

Seulement voilà, 50 % de la production annuelle est laminée par les chenilles répondant au nom évocateur de Helicoverpa, mais aussi par la sécheresse chronique. De fait, le rendement est jugé faible : 1,1 tonne par hectare. D’autant plus que les 8 à 10 traitements aux pesticides par saison ont rendu les insectes voraces encore plus résistants.

Une solution, mais à quel prix ?

L’Afrique du Sud, où le coton transgénique est produit depuis 1998, connaît un accroissement de 20 % de ses rendements et gagne 20 euros supplémentaires à l’hectare. Il est alors compréhensible que l’Etat burkinabé soit séduit par cette entreprise. C’est pourquoi Monsanto a signé une convention de recherche avec le gouvernement « qui ne veut pas rester à la traine en matière de progrès biotechnologiques », toujours selon le cadre de la Sofitex.

Lors de cette réunion d’information, les producteurs comme les scientifiques ont débatu autour du coton bacillus thuringiensis, ou « BT » pour les non-initiés. Il semblerait qu’il règne un certain enthousiasme autour de la question, surtout si le « BT » tient ses promesses. Mais certains producteurs ont des doutes. Il n’existe aucune étude fiable sur les conséquences de la culture transgénique à long terme. Le principe de prudence, jusqu’alors appliqué, ne risque-t-il pas de voler en éclat devant les impératifs économiques d’aujourd’hui ?