Le chikungunya : « la maladie qui brise les os »

Le nombre de victimes du chikungunya ne cesse d’augmenter depuis son apparition sur l’île de la Réunion en mars 2005. Après avoir fait près de 80 morts, cette maladie qui signifie en swahili, « maladie qui brise les os ou maladie de l’homme courbé » provoque de fortes douleurs articulaires aux conséquences dramatiques pour ceux qui en souffrent.

Par Vitraulle Mboungou

Le chikungunya, maladie (mortelle) transmise par les moustiques, tourmente inlassablement ses victimes en les faisant horriblement souffrir. Comme en témoigne la signification même de son nom en swahili : « maladie qui brise les os », Elle a touché un quart de la population réunionnaise et continue de faire des ravages. Stéphanie, jeune Réunionnaise de 24 ans, installée en métropole depuis une dizaine d’années, a contracté le chikungunya lors de ses dernières vacances sur l’île en décembre dernier. Elle a été infectée dix jours avant son retour. La jeune femme témoigne de sa terrible expérience dont elle porte encore les séquelles.

La maladie s’est d’abord manifestée, chez elle, sous la forme d’une légère fièvre, accompagnée de plaques rouges sur tout le corps, assimilée à une « allergie géante ». Est apparue ensuite une douleur « insupportable » suivie d’une forte fièvre atteignant les quarante degrés. « Du jour au lendemain, je me suis retrouvée paralysée de douleur. Il m’était devenu presque impossible de bouger », explique Stéphanie. « J’avais l’impression de ne plus avoir de chair sous les pieds, que mes os touchaient le sol lorsque je marchais », une douleur atroce que les six comprimés de paracétamol et les anti-inflammatoires n’arrivaient pas à soulager. De simples activités quotidiennes, comme se lever du lit, deviennent très vite de véritables épreuves physiques. D’autres symptômes viennent se rajouter aux douleurs articulaires. La jeune Réunionnaise parle ainsi de « démangeaisons horribles » qui l’ont pris au bout de trois jours de maladie : « j’en ai développé des tics pour éviter de me gratter ».

Une douleur amplifiée par le moindre souci de santé

Mais une fois la fièvre passée, la douleur demeure. Elle se manifeste de manière cyclique et amplifie le moindre souci de santé. Stéphanie, qui avait un problème de circulation de sang, s’est ainsi retrouvée avec les jambes enflées et des forts maux de tête. Tout est alors devenu très vite insupportable. Le simple fait de marcher relève ainsi, encore aujourd’hui, du parcours de combattant. La douleur s’est généralisée dans tout le corps, les articulations en particulier, souligne-t-elle. « C’est devenu très gênant pour la pratique de mon métier, je suis créatrice de bijoux ». Ces douleurs à répétition paralysent sa dextérité et l’agilité de ses doigts : « à cause de mes douleurs, au niveau des phalanges notamment, j’ai dû mettre mon travail en stand by, cela retarde mes projets professionnels car je voulais me mettre à mon compte».

Ces douleurs sont réellement handicapantes au quotidien pour cette jeune Parisienne. Il n’existe pratiquement aucun moment où la douleur ne se fait pas sentir : « la moindre fatigue me cloue au lit, il est difficile de trouver le juste milieu entre mes différentes activités et rester complètement immobile pour éviter la douleur », explique-t-elle. « Mais, je suis plus inquiète pour ma famille restée à La Réunion car ils sont tous touchés, sauf les enfants ». La Réunion dénombre à ce jour, près de 80 morts et près de 150 000 malades atteints du chikungunya.