Le charme discret de Zinedine Soualem

Zinedine Soualem est Farid dans la comédie romantique de Jean-François Davy, Tricheuse, qui est sortie ce mercredi. Le comédien aime à se prêter à toutes les expériences cinématographiques avec une réserve qui fait tout son charme. Portrait.

Il est à l’affiche de Tricheuse aux côtés, précise-t-il, de la « belle » Hélène de Fougerolles. Dans le film de Jean-François Davy, en salles ce mercredi, Zinedine Soualem incarne Farid, le papa poule de deux jeunes filles qui voit sa vie bouleversée par une livraison de piano. Son chemin va croiser celui de Clémence, une avocate d’affaires, prête à tout pour dénicher un mari. « Je suis assez content, constate-t-il malicieux, qu’à mon âge, on me trouve assez de charme pour me confier ce rôle de Farid ». Il est le premier personnage romantique de la longue carrière de Zinedine Soualem. On l’a déjà vu aussi bien dans des rôles comiques que dramatiques. « J’ai la chance de ne pas être enfermé dans un registre. Et cela me convient. » Son dernier personnage se trouve d’ailleurs au carrefour de ces deux univers. « Le côté social qu’implique le statut de réfugié politique de Farid a influencé ma décision de l’interpréter. »

« Une lumière s’est allumée »

Zinedine Soualem est une figure discrète, mais omniprésente du cinéma français. Du moins impossible de le rater dans Bienvenue chez les Ch’tis aux côtés de Dany Boon. L’aventure avait débuté au théâtre avant d’être transposée sur grand écran. Ce qui interpelle chez Zinedine Soualem, c’est avant tout la sobriété de son jeu. D’autant plus notable dans les comédies car il souligne le burlesque des situations. Le secret du comédien est en réalité l’héritage de ses années de mime. « J’ai un rapport au corps assez particulier, confirme-t-il. Le fait d’avoir fait du mime me permet d’avoir une conscience plus aigüe de mon corps. Je joue avec mon corps. Il a son langage. »

Chez Zinedine Soualem, la comédie a succédé au mime. Ce dernier débarque dans son existence alors qu’il est en fac de lettres à Clermont-Ferrand. Il fait son premier stage en 1975. « Une lumière s’est allumée », se souvient-il. De 18 à 28 ans, il s’y consacrera totalement. Cependant pour Zinedine Soualem, mime a aussi rimé avec solitude. Le cinéma et le théâtre y mettront fin. « Je considère que le mime est une partie de l’art du comédien, et puis je trouvais qu’évoluer seul me limitait ». Au début des années 80, il vient s’installer à Paris et prend des cours au Théâtre du Soleil, dirigé par Ariane Mnouchkine. Il y passe six ans et demi. A sa sortie, grâce à une amie scripte, il a l’opportunité de tourner dans un court métrage de Cédric Klapish : Ce qui me meut (1989). L’amitié entre les deux hommes est immédiate. Zinedine Soualem fera désormais partie des projets cinématographiques du cinéaste. « Tout est parti d’une blague : celle de jouer systématiquement dans ses films. Et depuis, on s’y tient. Il m’offre des petits rôles ou des rôles plus importants, comme dans Chacun cherche son chat (1996) ou L’Ange de Goudron (2003).»

«Je n’ai jamais été le Maghrébin de service»

Le cinéma vu par Zinedine Soualem se réduit souvent à une question de feeling. Quand on lui demande ce qui l’influence dans le choix de ces rôles, sa réponse est pleine de romantisme. Justement. « C’est souvent une question de désir et de séduction de part et d’autre » , répond-il. Romantisme certes, mais lucidité aussi. «La notoriété est importante parce qu’elle permet de travailler. Mais la seule chose qui m’intéresse, c’est qu’on dise de moi que je suis un bon comédien.»

Toujours à propos de son métier, quel regard jette le fils d’immigrés algériens, né en 1957 en Auvergne, sur la place que l’on fait à des acteurs comme lui dans l’industrie cinématographique ? « Je n’ai jamais été le Maghrébin de service, rappelle-t-il au passage. J’ai évité la plupart du temps les caricatures.» Il y aurait matière à parler de progrès, poursuit-il, « si le cinéma évoluait plus vite que la société ». « Dans la société française, on a des positions plus variées que celles que l’on voit au cinéma. Il y a plein de chirugiens, d’avocats, de scientifiques d’origine maghrébine, mais on en voit très peu au cinéma ».

Zinedine Soualem est, comme bon nombre d’acteurs aujourd’hui, une exhortation au changement. Qu’il soit grave, ridicule ou un brin mégalo, comme dans Moloch Tropical qu’il vient de terminer sous la direction du cinéaste haïtien Raoul Peck (il y incarne un président haïtien en fin de règne), son charme discret opère toujours.

 Tricheuse de Jean-François Davy

avec Avec Hélène de Fougerolles et Zinedine Soualem

Durée : 1h35 mn

Sortie nationale française : 15 juillet 2009