Le chanteur capverdien Ildo Lobo s’en est allé

Ildo Lobo est décédé d’une crise cardiaque mercredi dernier. Il était reconnu comme le plus grand chanteur du Cap-Vert. Il laisse l’archipel orphelin et le prive d’un de ses plus grands hommes de culture. Retour sur une grande voix injustement peu connue sur la scène internationale.

Par Sonia El Amri

Victime d’une crise cardiaque, la star de la musique capverdienne Ildo Lobo, âgé de 51 ans, s’est éteint à son domicile de la capitale capverdienne, Praia. Sa mort subite représente une grande perte pour l’archipel. Ses funérailles ont rassemblé hommes politiques, dont le Président de la République, Pedro Pires et plusieurs milliers d’admirateurs. Certaines entreprises privées ont même autorisé leur salariés à s’absenter une journée pour assister à la cérémonie funéraire. A la levée du corps d’Ildo Lobo, le gouvernement a annoncé que son nom serait attribué au Palais de la Culture de Praia, édifice symbolisant l’histoire de la capitale.

Ildo Lobo est dans la lignée d’une famille d’artistes, il est le fils du célèbre Antoninho Lobo et malgré une petite discographie, il représente «une voix unique et puissante, interprétant des chansons qui ont contribué à unir encore plus notre nation», a déclaré le Président capverdien. En effet, dès l’âge de quatorze ans il se met à chanter à l’externat de Sal, son île natale. Plus tard, avec le groupe Madrugada (Aube) et le groupe Os Tubaroes (les Requins), son talent ne cessa de se confirmer. C’est d’ailleurs avec Os Tubaroes qu’il exprima son soutien politique pour l’indépendance du pays. Très engagé, il a même participé à la campagne internationale en faveur de l’indépendance du Timor Oriental. Il entame sa carrière solo, en 1997, avec comme premier album Nos forma. En 2001, Intelectual son second album caractérise la sensibilité de sa voix. Il avait d’ailleurs collaboré, pour cet opus, avec les musiciens de Cesaria Evora. Collaboration qu’il réitéra pour la sortie (normalement prévue ces jours-ci) de son dernier album Incondicional enregistré, cet été, à Paris.

Un artiste regretté par tous

«L’artiste qui vendait le plus d’albums au Cap-Vert», devant même Cesaria Evora, nous rapportait, en juillet dernier, José Da Silva (producteur de Lusafrica), est mort à l’apogée de sa gloire. «La mort d’Ildo Lobo représente la forêt qui a brûlé, dépourvue de ses arbres, c’est une grande perte pour le Cap-Vert», confie Teofilo Chantre, artiste capverdien. «Je l’ai rencontré pour la première fois il a deux ans à Paris, il avait toujours des choses intéressantes à dire, des anecdotes à raconter», avoue-t-il.

Mariana Ramos, chanteuse capverdienne, regrette «une voix extraordinaire et une personnalité légendaire. Il était incontestablement le meilleur chanteur de la Morna : j’ai eu un coup de foudre musical la première fois que je l’ai entendu. J’ai été touchée par son humilité lorsqu’il m’a appelée fin juin pour me féliciter pour mon album (ndrl Bibia), il m’a beaucoup encouragée. Je l’ai croisé par hasard (et pour la dernière fois) en juillet sur l’île de Sal dans un café. J’ai bien vu qu’il n’avait pas bonne mine mais je ne m’attendais pas à une mort aussi rapide. Je me souviens qu’il m’avait annoncée la sortie prochaine de son troisième album. Il était très discret et faisait partie de ces grands artistes qui méritaient plus de notoriété.»

Cette année, le Cap-Vert aura aussi perdu Ano Nobo, un grand compositeur. Tous deux se connaissaient et s’appréciaient. «Deux grands artistes capverdiens perdus dans la même année, c’est dur», confie Mariana Ramos.