Le Cameroun : « Etre handicapé n’est pas une fin en soi »

En prélude à la journée internationale des personnes handicapées qui sera célébrée le 3 décembre prochain, Monsieur Jacob FOSSI MOUAFO, réalisateur du film documentaire Intitulé : « MA FORCE DE VIVRE », organise avec des partenaires associatifs ( Associations RAYONS DE SOURIRE et PALYROM) et Universitaires ( Université Catholique de Lille en France et particulièrement sa Faculté de Théologie et son groupe de recherche PHCC cordonné par le Professeur Dominique Foyer) une série de séances de projection dudit film au Cameroun et notamment en France le vendredi 29 novembre au cinéma le Odéon dans la Normandie et le Lundi 3 décembre à l’Université Catholique de Lille- Amphi René Théry. Alors, Afrik.com n’a pas hésité de se rapprocher de lui afin de s’enquérir des mobiles de son engagement sur ce chef-d’œuvre de l’art qui s’appuie sur l’histoire de Patrick TALOM un handicapé- paraplégique Camerounais qui à refuser la mendicité pour transformer son handicap en lui de motivation pour lui et la jeunesse africaine parfois désespérée par les drames sur le continent.

Afrik.com : Qui est Monsieur Jacob Fossi MOUAFO?

Jacob FOSSI : Jacob FOSSI est un Jeune Réalisateur Camerounais né un 26 Octobre 1982 à Yaoundé-Cameroun, de MOUAFO Justin et de MESSUDOM Julienne tous deux décédés à ce jour respectivement le Dimanche 09 Mai 1999 et le Lundi 04 Juin 2007. Marié et père de 4 enfants. Passionné d’audiovisuel dès le bas âge, je ferais Informatique après le Baccalauréat imposé par mes Grands-Frères, car dois-je le rappeler je suis dernier né à ma Maman. Mais en 2008, je commence mes classes en Audiovisuel dans la Maison de Production Vidéo Images Production (VIP) à Yaoundé, ensuite je vais travailler sous le couvert de Serge Alain NZIEBOU à Canal 2 International (chaîne privée Camerounaise). J’intègrerais la Commission Nationale Anti-Corruption du Cameroun (CONAC) en Octobre 2010 Comme étant le tout premier Réalisateur de l’émission « Espace CONAC ». Je crée en 2013 une boîte de Communication dénommée : « Global Communication and Medias (GlobCoM) ». Je vais travailler par la suite pour Canal 24 (Chaîne de Télévision) et en Février 2015 je quitte Yaoundé pour une nouvelle aventure de 2 ans à Douala dans la Maison de Production PSC PROD comme Directeur de Production. Voilà de façon sommaire qui j’ai été et qui je suis.

Afrik.com : En prélude à la journée internationale des personnes handicapées qui sera célébrée le 03 décembre 2018, vous comptez organiser une série de séance de projection du film intitulé : « MA FORCE DE VIVRE ». Alors, qu’est-ce qui se cache derrière cette opération ?

Jacob FOSSI : Il ne se cache rien du tout. Nous voulons juste présenter par cette production la situation que vivent les personnes handicapées au Cameroun. Comment la société Camerounaise s’organise-t-elle pour leur apporter des facilités (accessibilité aux soins, à l’école et la mobilité). Nous voulons démystifier les regards qui les rétrogradent toujours au rang de mendiants et bon à rien.

Autre chose à noter : L’Afrique a besoin de modèle aujourd’hui dans tous les domaines. Comme réalisateur africain, l’histoire et le parcours de Patrick Talom le héros de ce documentaire était pour moi quelque chose d’important à traiter. Les personnes en situation de handicap en Afrique vivent tellement sous un seuil de précarité insoutenable. Beaucoup n’ont plus de dignité ou d’estime de soi. Et pour moi Patrick Talom comme personne en situation de handicap ayant su transformer son handicap en catalyseur de sa vie est une proposition de modèle que je veux présenter aux personnes en situation de handicap en Afrique et pourquoi pas au monde entier. Il mélange plusieurs approches dans la gestion de son handicap : foi, courage, soin de santé, résilience etc.

Je tiens aussi à noter que l’invitation du Groupe de recherche Personne Handicapée et Communauté Chrétienne de l’Université Catholique de Lille montre justement que l’expérience de l’Afrique peut être partagée dans les facultés et le monde entier. Les clichés et les préjugés sur le continent africain tombent avec l’histoire de Patrick Talom. Dans le documentaire on voit une personne qui souffre avec dignité, une personne qui montre qu’il a encore du potentiel. Nous voulons que l’Afrique soit regardée de cette manière : une Afrique debout qui lutte avec dignité.

Afrik.com : Parmi tant d’ouvrages rédigés par Monsieur Patrick Talom, pourquoi n’avoir choisi que cette dernière ?

Jacob FOSSI : En réalité, le film est en gestation depuis près de 10 ans. Car en fait quand nous étions au Diocèse de Bafoussam au tout début des années 2000, le personnage principal en la personne de Patrick TALOM avait déjà une trajectoire atypique. Après son accident le 31 Août 2005 et la force qui l’animait une fois sorti de son pronostic vital qui avait été entamé, fut pour moi comme pour tout son entourage une réelle source d’inspiration. Et chemin faisant, il a su accueillir cette nouvelle situation, non pas comme une punition, mais comme un fait de vie ordinaire que l’on peut accepter en se disant : « Dieu si tu existes alors ceci ne vient pas de toi ». Les livres ‘’Ma Force de Vivre’’ et ‘’Ce que j’ai vu m’interroge : La souffrance a-t-elle un sens ?’’ furent donc pour moi des véritables boussoles pour lancer la matérialisation de cette production qui durait déjà depuis tout ce temps.

Afrik.com : Combien de temps cela vous a-t-il pris pour le réaliser ?

Jacob FOSSI : Du début du tournage jusqu’à la sortie de la post-production pratiquement 4 ans, d’avril 2014 à décembre 2017. Nous avons tournés au Cameroun, en Italie et en France par des prises faites par Claudio Salvadori, Philippe et Lydie François.

Afrik.com : Quelles difficultés avez-vous rencontré pour sa mise sur pied ?

Jacob FOSSI : La première et la principale : LE FINANCEMENT. Au départ nous avons écrit notre projet, nous l’avons soumis à des Paroisses, des Ministères, à plusieurs personnalités et structures publiques et parapubliques au Cameroun …tout ceci est resté lettre morte.
Deuxièmement : la Mobilité. Vous ne me croirez peut-être pas, mais la majorité des bâtiments de nos Etats en Afrique n’ont pas de rampes pour Handicapées aux entrées principales. Même le Ministère des Affaires Sociales au Cameroun n’est pas si facile d’accès dans sa totalité aux personnes en situation de handicap, c’est quand-même terrible. Aller d’une ville à une autre était à chaque fois un réel parcours du combattant quand on connait l’état de nos routes.

La logistique : Patrick Talom et moi nous nous sommes lancés avec le matériel que nous avions en notre possession. C’était parfois très difficile de pouvoir nous déployer. Mais grâce à Dieu, nous y sommes parvenus.

La santé de Patrick. Il fallait chaque fois s’adapter à sa santé fragile. Les risques d’escarres aux fesses…le risque d’infection urinaire…le risque de voir un autre choc sur les fers qu’il a au dos depuis son opération. Les véhicules non adaptés etc. Nous avons des scènes des blessures que nous avons coupées au montage pour ne pas trop choquer dans ce premier volume de notre film documentaire. Pour voir le volume 2, il faudra être bien assis, parce que là, les images seront très choquantes et naturellement il y aura des restrictions d’âge.

Afrik.com : Quels enseignements peut-on y tirer ?

Jacob FOSSI : C’est d’abord un film Pédagogique. A l’heure où l’on parle de plus en plus d’immigration clandestine, nous voulons redonner espoir à cette jeunesse qui baisse parfois vite les bras face à l’adversité et emprunte les chemins incertains pour aller vers un eldorado et leur slogan est : « aller en Europe à tout prix et à tous les prix ». Montrer à ces personnes indigentes qui se laissent souvent aller et sombrent dans la mendicité qu’une autre vie est possible. Nous voulons motiver les personnes épuisées par les épreuves de la vie en disant rien n’est impossible.

Le film est ensuite Spirituel. Non pas dans le sens d’une religion précise, mais dans le sens du fait religieux. Dans un environnement où parfois certains croyants se posent rapidement des questions quand elles font face à l’épreuve et tendent à s’auto culpabiliser ou à accuser un Dieu vengeur et méchant. Patrick Talom dans son approche à lui intègre Dieu dans sa quête d’épanouissement. Et son bonheur nous amène à nous interroger sur : comment la notion de Dieu est intégrée dans nos vies ?

Afrik.com : Etes-vous à votre première expérience ?

Jacob FOSSI : Non, sur le plan de la production de documentaires j’en ai déjà produit plusieurs qui sont d’ailleurs disponibles sur ma chaîne YouTube : JacobFM TV. Mais il faut que je précise ici que pour moi, toute personne qui se revendique Documentariste est comme un Littéraire ; il doit appartenir à un courant de pensée. Le mien : je me situe parmi ceux qui plaident pour les causes des personnes défavorisées et Minoritaires.
Et je voudrais noter qu’après la tournée Africaine et Européenne de ce documentaire un deuxième volume est déjà en préparation et partira du regard sur le handicap en Europe pour en faire un croisement avec les points communs à l’Afrique.