Le cacao ivoirien en chute libre

La Bourse du café et du cacao (BCC) a annoncé, lundi dernier à Abidjan, qu’elle ramenait le prix du kilogramme de cacao de 625 à 365 F CFA pour la campagne de commercialisation juillet-septembre. Cette baisse de plus de 40% est la conséquence d’un contexte national troublé et d’un marché mondial marqué par la chute du dollar.

Le prix du kilo de cacao ivoirien est passé de 625 à 325 F CFA. La Bourse du café et du cacao (BCC) a annoncé lundi 1er juillet cette chute de 41,6% pour la campagne de commercialisation juillet-septembre. Le ratio est important et révèle les difficultés d’un marché affaibli par la crise ivoirienne et la conjoncture mondiale.

Conjoncture défavorable

« La chute est justifiée », déclare la BCC. En effet, la filière cacaoyère connaît d’importantes difficultés. Les raisons sont d’abord conjoncturelles : les échanges de cacao sur le marché international se font en dollars, une monnaie qui a chuté avec les récents événements de la seconde Guerre du Golfe, et qui a entraîné avec elle le cours du cacao. En termes de concurrence, même si la Côte d’Ivoire représente 40% du marché mondial, elle est menacée par les producteurs du Ghana ou d’Indonésie. La logique économique est implacable et lorsque le nombre d’offreurs augmente, les prix, en conséquence, diminuent. La crise ivoirienne a également été déterminante et n’a pas épargné ce secteur. Les producteurs des régions envahies par les rebelles ont dû abandonner leurs exploitations, et des problèmes d’acheminement ont achevé d’alourdir le manque à gagner du cacao ivoirien.

Mauvaise récolte

« Ce n’est pas de bon cœur que nous procédons à cette baisse de prix, déclare la BCC, qui rassemble des producteurs et des exportateurs. A cause des conditions climatiques, la période de la petite traite (d’avril à septembre, ndlr) n’est jamais bonne pour les producteurs, la quantité et la qualité du cacao sont moins bonnes et nous sommes de toute façon dans l’obligation de baisser les prix : les produits ne trouveraient pas acheteurs s’ils restaient à leur valeur d’origine. » Depuis deux ans, la BCC pratique donc cette harmonisation des prix entre la grande et la petite traite, compensée par le soutien du Fonds de régulation et de contrôle du café et du cacao (FRCC).

C’est justement là que le bât blesse : cette année, le Fonds s’est retiré et le prix se trouve ainsi non subventionné, provoquant cette baisse extraordinaire. La BCC n’est pas encore en mesure, une semaine après la décision, d’estimer les pertes occasionnées. Elle attendra la fin de campagne pour en établir le bilan mais reste optimiste : « Cette situation est éphémère. Nous avons confiance en notre cacao, qui retrouvera sa qualité dès septembre. Les impondérables du marché international seront ainsi compensés par la force du label ivoirien ».