Le Burkina est le premier producteur africain de coton

A l’occasion de la signature d’une convention de financement entre la Sofitex et un pool bancaire international, à Paris, le directeur général de la Sofitex revient sur la campagne cotonnière du Burkina 2004/2005, la plus importante du continent, et les défis qui attendent la filière coton au Burkina.

Le Burkina Faso est désormais le premier pays producteur de coton d’Afrique. Célestin Tiendrebeogo, directeur général de la Sofitex (Société des fibres textiles) revient sur la campagne 2004/2005 et les défis qui attendent la filière coton au Burkina. Un avenir pour lequel il se montre « optimiste » et qui a su gagner la confiance des bailleurs de fonds. Une convention de financement d’un montant de 38 millions d’euros, entre la Sofitex et un pool bancaire international, a été signé ce mercredi à Paris pour la campagne à venir.

Afrik : Quelle a été la production de coton du Burkina pour la campagne 2004/2005 ?

Célestin Tiendrebeogo :
Les intrants financés pour cette campagne ont permis aux producteurs du pays d’augmenter, une fois de plus, les surfaces semées en coton, même si la pluviométrie a été peu favorable. 631 000 tonnes de coton graine ont été collectées – dont 515 000 par la Sofitex -, contre 500 000 tonnes pour la campagne 2003/2004. Soit une hausse de plus de 30%. Ce qui place le Burkina, pour la première fois, mais sans doute pas la dernière, au premier rang des pays producteurs de coton en Afrique subsaharienne. Cette production a généré plus de 130 milliards de FCFA. Il y a 10 ans, ce revenu était de 12 milliards… Malheureusement, les cours du coton fibre n’ont jamais été aussi bas depuis 30 ans que pendant cette campagne. Et cette forte déprime des cours aura bien sûr des effets néfastes sur la situation financière et la trésorerie de la Sofitex.

Afrik : C’est à dire ?

Célestin Tiendrebeogo :
Nous estimons que les comptes arrêtés au 31 décembre 2005 connaîtront une perte de 20 milliards de FCFA. Mais, grâce aux réserves accumulées lors de la précédente campagne, nous pourrons faire face à nos engagements, vis-à-vis des banques ou des fournisseurs et nous sortir de ce mauvais pas !

Afrik : Quelles sont les perspectives pour la campagne 2005/2006 ?

Célestin Tiendrebeogo :
Nous sommes optimistes. La récolte globale devrait tourner autour de 700 000 tonnes de coton graine, dont 600 000 pour la Sofitex seule. Nous ne devrions pas connaître de problèmes de trésorerie pour cette campagne. Celle-ci devrait conforter le Burkina dans sa position de premier producteur d’Afrique. Selon le Comité consultatif international du coton, qui a effectué le classement, le Burkina devrait devenir en 2005/2006, le cinquième exportateur mondial de coton fibre, après les Etats-Unis, l’Ouzbékistan, l’Australie et le Brésil. Mais du travail reste encore à faire !

Afrik : La Sofitex a réussi à passer le cap de la privatisation…

Célestin Tiendrebeogo :
Il y a eu deux phases. D’abord, la privatisation, en 1999, lorsque l’Etat s’est désengagé de la société, passant de 65 à 35%. Puis il y a eu libéralisation, en septembre 2004. La Sofitex a vendu ses actifs dans les régions du centre et de l’est et s’est recentrée sur l’ouest. Il y a maintenant deux autres opérateurs, la Socoma et Faso Coton.

Afrik : La filière coton burkinabè est-elle en danger ?

Célestin Tiendrebeogo :
Elle connaît des difficultés, comme toutes les filières africaines. Nous subissons des crises à répétition : en 1998, 1999, 2000, 2001… Se pose alors le problème de la rémunération, car nous sommes obligés de réduire le prix d’achat aux producteurs. Le coton africain est un coton dont la qualité est reconnue mondialement. Ses coûts de production sont parmi les plus bas du monde, il devrait donc être compétitif. Mais il est entravé par les subventions accordées aux producteurs du Nord. Ces subventions menacent la durabilité et la viabilité de nos filières.

Afrik : Justement, en juin 2003, le Burkina, avec le Mali, le Tchad et le Bénin, a déposé une « Initiative sectorielle en faveur du coton » auprès de l’OMC, demandant la suppression des subventions. Pourquoi ne pas avoir porté plainte, à l’instar du Brésil ?

Célestin Tiendrebeogo :
C’est au niveau politique que la décision a été prise. Je pense que l’Initiative complète la plainte du Brésil. Si le Brésil obtient gain de cause, cela profitera aussi à l’Afrique. D’un autre côté, notre initiative a permis de faire parler de notre cause dans les médias et de toucher les opinions publiques. Elle a permis d’amener le dossier brésilien aux proportions qu’il a aujourd’hui.

Afrik : La crise ivoirienne pèse-t-elle aussi sur la filière ?

Célestin Tiendrebeogo :
Nous avons un surcoût au niveau des transports, de 20 FCFA par kilo de coton fibre transporté, car nous passons par le Togo et le Ghana. Ça pèse bien évidemment sur le coût de production. Nous avons eu 250 000 tonnes de coton fibre cette année, le calcul est facile à faire… Il y a aussi un surcoût sur le transport des intrants.

Afrik : Où en est le Burkina en ce qui concerne le coton transgénique ?

Célestin Tiendrebeogo :
Nous sommes à notre troisième année d’essai. Les premiers résultats font état d’une hausse de 50% du rendement, mais ceci en milieu confiné et fermé, sans contact avec l’extérieur. Tout est dans les mains de la recherche. Sofitex a demandé des tests en milieu confiné et ouvert pour voir si les OGM peuvent constituer une alternative et permettre l’accroissement des revenus du monde paysans. La culture du coton est très polluante car elle utilise beaucoup de pesticides. Le transgénique pourrait éviter cela. Mais nous voulons d’abord savoir s’il y a des risques pour la santé humaine, animale et sur l’environnement. Nous ne voulons pas nous engager dans cette technologie les yeux fermés.