Laurent Gbagbo met un terme aux négociations

Laurent Gbagbo a décidé de mettre un terme aux négociations. A un mois des présidentielles, dont désormais nul ne doute du report, alors que chacune des parties cherche un allié dans l’arbitrage international, le Président ivoirien ne veut plus négocier. Il refuse par ailleurs l’intervention de la Cedeao et entend continuer à s’appuyer sur la médiation sud-africaine.

Par Anna-Alix Koffi

Plus de palabre, Laurent Gbagbo ne veut plus tenir compte de l’avis de ses adversaires. « (…) Moi je ne veux plus faire de négociations. C’est fini. On a fini de négocier», a déclaré, ce mardi, le Président de la République de Côte d’Ivoire lors de l’inauguration du « Palais de l’Unité », à Abobo, quartier d’Abidjan. Trois ans après le début de la crise politique qui divise le pays entre Nord et Sud, l’issue pacifique que devait apporter la tenue des présidentielles du 30 octobre n’est plus d’actualité. En lieu et place, le report sine die des élections et l’éventuelle période de transition de laquelle rebelles et opposition veulent exclurent Le Président Gbagbo, annoncent de nouvelles tensions dans le pays.

Pour parfaire l’imbroglio, ni l’armée des Forces Nouvelles (FN) du Nord, ni l’armée régulière du Sud n’ont rendu les armes suivant le plan de désarmement pourtant signé par toutes les parties (sous le commandement du Président Gbagbo). « Maintenant ce qu’il faut, c’est l’application des résultats des négociations (…) Vraiment, je suis fatigué ». Alors que son mandat prend fin et que Guillaume Soro, Allassane Ouattara et Henri Konan Bédié, les leaders de l’opposition, exigent son éviction, Laurent Gbagbo tient le non désarmement pour responsable du retard du processus de paix, et veut imposer le respect de tous les accords signés jusque-là. Reste à savoir de quelle manière l’opposition accueillera ce geste de fermeté.

A chacun son instance

Si le Président ivoirien joue, depuis peu, le bon élève aux yeux de la communauté internationale, l’opposition se cherche quant à elle, des voix favorables auprès d’autres arbitres. La concurrence des médiations révèle alors un subtil jeu d’alliances. D’un côté, Thabo Mbeki, Président sud-africain et médiateur désigné par l’Union Africaine (UA), il est soutenu la par les Nations Unies. Ses derniers rapports ont salué les efforts entrepris par Laurent Gbagbo et dénoncé l’inconstance des partis d’opposition. La médiation de Mbeki n’est plus reconnue par les Forces nouvelles depuis le 1er septembre dernier.

De l’autre, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qui, par la voix d’Olusegun Obasanjo, veut revenir a un règlement « africain » de la crise, c’est-à-dire sans l’intervention de l’Onu. Dans l’opposition ivoirienne, c’est Guillaume Soro qui multiplie les rencontres. Au Niger, il a pour interlocuteur Mamadou Tandja, chef d’Etat et président de la Cedeao. Au Nigeria, il rencontre Olusegun Obasanjo, Président du Nigeria et de l’Union Africaine. Le leader des Forces Nouvelles souhaiterait qu’il remplace le Président Mbeki.

Après avoir critiqué l’action de Thabo Mbeki, le Président Obasanjo demandait, ce mardi, que la Cedeao reprenne la direction de la médiation. En cas d’échec, ce serait à l’Union Africaine de prendre le relais, les Nations Unies ne devant intervenir qu’en ultime recours. Le Président Gbagbo rejette catégoriquement l’idée d’une médiation de la Cedeao.
Selon les sources diplomatiques de l’Onu, un sommet de la Cedeao devrait se tenir le 30 septembre prochain pour tenter d’établir un calendrier de politique de la Côte d’Ivoire de l’après 30 octobre.

Agacement

Laurent Gbagbo n’est pas le seul à perdre patience, la communauté internationale arbitre dans le conflit, a déjà manifesté des signes d’irritation. Incontrôlables, les deux parties ont fait de nombreuses volte-faces qui ont menées à la révision d’accords pourtant signés sans contraintes. Les Forces Nouvelles ont finalement récusé la médiation sud-africaine en l’accusant de partialité en faveur de Laurent Gbagbo. Le 31 août dernier, Aziz Pahad, ministre sud-africain des Affaires Etrangères, annonçait, avec un soulagement non dissimulé, que son pays renonçait à la médiation confiée par l’UA en novembre 2004. Ses propos étaient mystérieusement rattrapés et infirmés dès le lendemain par Thabo Mbeki.

Le 10 septembre dernier, Kofi Annan, Secrétaire Général de l’Onu, chargeait lourdement les acteurs du conflit. « Je ne comprends pas ces leaders ivoiriens, ces hommes qui estiment qu’ils sont capables de diriger un pays, qui cherchent à devenir Président d’un pays qu’ils sont en train de détruire ». Ce dimanche, la France, par la voix de son ministre des Affaires Etrangères, menaçait sans équivoque le pays de sanctions de la part des Nations Unies. « Toutes les parties ivoiriennes doivent comprendre qu’elles ne sauraient impunément faire obstacle aux efforts de paix par une attitude d’obstruction, des discours de haine ou une remise en cause des règles démocratiques. Le Conseil de sécurité prendra ses responsabilités », a ainsi déclaré Philippe Douste-Blazy devant l’Assemblée Générale de l’Onu. La résolution 1572 du 15 novembre 2004 impose, pour une période d’un an, le gel des avoirs financiers et une interdiction de voyager à quiconque entraverait le processus de paix ou se rendrait coupable de violation des droits de l’Homme, ou d’appels à la haine dans les médias.

Depuis le 19 septembre 2002 et le début du conflit, la communauté internationale sous l’égide de l’Onu et de l’UA, s’est donnée pour mission de rétablir un climat politique stable en Côte d’Ivoire, cœur économique de l’Afrique de l’Ouest. Au centre du pays, la présence indispensable des soldats de l’Onu et des soldats français de la Force Licorne contient chaque partie et évite pour l’instant une guerre civile.