Laurent Gbagbo fera obstruction à la résolution de l’ONU

Dans la posture légaliste et souverainiste qu’il affectionne, le président Laurent Gbagbo a prévenu jeudi que les mesures votées un jour plus tôt par le Conseil de sécurité de l’Onu et contraires à la Constitution ivoirienne ne seront pas appliquées. Il refuse notamment d’accorder à son Premier ministre, Charles Konan Banny, le pouvoir de nommer aux emplois civils et militaires.

Laurent Gbagbo a un plan. Jeudi, le président de la République de Côte d’Ivoire a annoncé sur les ondes de la Radio télévision ivoirienne (RTI) qu’il allait bientôt fixer les « nouvelles règles de sortie de crise » pour son pays. Les quinze membres du Conseil de sécurité de l’Onu pensaient pourtant l’avoir fait, mercredi, en votant une résolution (1721) sur cet Etat divisé en deux depuis l’éclatement d’une rébellion au nord, le 19 septembre 2002. Celle-ci prolonge le mandat de Laurent Gbagbo « pour une nouvelle et dernière période de transition n’excédant pas 12 mois » et le somme de céder plus de pouvoir au Premier ministre Charles Konan Banny, lui aussi reconduit dans ses fonctions, afin d’organiser les élections présidentielles et législatives « d’ici le 31 octobre 2007 ». Elles étaient à l’origine prévues en octobre 2005.

Mais jeudi, Laurent Gbagbo a prévenu : « Toutes les atteintes contenues çà et là encore dans le texte de la résolution et qui constituent des violations de la Constitution ne seront pas appliquées. » Parmi celles-ci, les prérogatives que la résolution souhaitait accorder à Konan Banny sur l’armée. « Au regard de notre constitution, le Premier ministre de Côte d’Ivoire, nommé par le Président de la République, par décret, ne peut lui-même nommer par décret (…) [Il] ne nommera donc pas aux emplois civils et militaires de l’Etat. », a développé Laurent Gbagbo.

En accord avec l’Onu

Selon lui, cette position affirmant la prépondérance de la législation nationale sur la loi internationale est partagée par le Conseil de sécurité de l’Onu. Le projet de la Cedeao, sur lequel l’Onu s’est appuyée, « contenait la grave affirmation selon laquelle: « les décisions du Conseil de Sécurité prévalent sur la constitution ivoirienne et la législation du pays » », explique-t-il. Mais jeudi, dans leur résolution, « les pays membres du Conseil de sécurité ont rejeté toute possibilité de subordination de la Constitution d’un Etat, quel qu’il soit, à une décision d’une organisation internationale, fut-elle l’ONU », analyse Laurent Gbagbo, selon lequel l’Onu lui demanderait expressément de ne pas appliquer sa résolution. Pour conclure, le chef de l’Etat appelle les Ivoiriens au « rassemblement autour de [la] constitution et des institutions [du] pays ».

Dans un communiqué publié jeudi, le PDCI-RDA d’Henri Konan Bédié réaffirme son adhésion à la résolution de l’Onu. Mais il « regrette le maintien de M. Laurent Gbagbo » à la présidence et interpelle « la communauté internationale sur les nouvelles tentatives de blocage du processus de paix par Mr. Laurent Gbagbo, comme en témoigne son message provocateur à la nation et de défiance vis-à-vis de la communauté internationale ». En 2003, avec Seydou Diarra et en 2005, avec Charles Konan Banny, le président ivoirien avait déjà refusé d’appliquer les résolutions de l’Onu visant à accorder plus de pouvoir à ses Premiers ministres.