Laurent Gbagbo et le fiasco des otages français

Laurent Gbagbo

C’est un feuilleton digne d’un mauvais polar qui s’est déroulé ces derniers jours autours des deux journalistes français prisonniers en Irak. Marchand d’armes, services secrets, émissaires douteux et au milieu de cette surprenante équipe : le Président ivoirien Laurent Gbagbo !

Durant près d’une semaine, la « mission Julia », comme l’a surnommé la presse française, a alimenté les chroniques. Didier Julia, un député UMP (Union pour un Mouvement Populaire, parti de Jacques Chirac), a en effet déclaré la semaine dernière qu’il allait faire libérer Christian Chesnot et Georges Malbrunot, les deux journalistes français détenus en Irak depuis le 20 août 2004 par un groupe islamiste armé.

Mise sur pied par Philippe Brett, ancien garde du corps d’un leader du Front National et principal soutien de Didier Julia, l’opération avait un aspect très barbouze. On découvre d’abord que les services secrets syriens se sont impliqués dans l’affaire, ce qui peut paraître logique au Proche Orient. Mais plus surprenante est l’apparition du Président ivoirien Laurent Gbagbo dans l’affaire. Il aurait mis à disposition de Didier Julia un jet privé afin qu’il puisse se rendre en urgence à Damas (Syrie). Cet avion aurait été affrété par le « docteur Mustapha Aziz », que l’on dit saoudien ou marocain, marchand d’armes, et qui présente comme particularité d’être conseiller diplomatique de la Côte d’Ivoire auprès de l’Unesco.

Barbouzes ou pieds nickelés

Et le résultat est catastrophique. Lâché par les autorités françaises, qui ne l’avait sans doute jamais soutenu, Didier Julia s’emmêle dans des histoires rocambolesques pour expliquer son échec, invoquant une attaque américaine sur le convois ramenant les prisonniers ou l’intervention d’un nouvel émissaire aux poches remplies de billet qui auraient fait capoter la libération. Mais si rien n’est clair dans cette affaire, tout semble pourtant confirmer l’implication du Président Gbagbo au moins à travers le prêt d’un avion, privé ou présidentiel. « Laurent Gbagbo voulait-il aider la France en Irak ?» comme le titre Fraternité Matin, ou s’est il simplement fait manipulé par des escrocs comme le pense les journaux d’opposition ? Seule certitude, cet épisode peu glorieux n’aura sans doute pas aidé au réchauffement des relations franco-ivoiriennes, ni malheureusement à la libération des deux journalistes toujours otages en Irak.