Laurent Gbagbo décrète une mobilisation générale

Le gouvernement de Laurent Gbagbo vient de franchir un nouveau palier dans le conflit ivoirien. Il a décrété, ce lundi, une mobilisation générale et invité les jeunes de 20 à 26 ans à rejoindre les Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (Fanci) .

La nouvelle peut surprendre, surtout au moment où gouvernement et rebelles du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI) sont en pourparlers à Lomé. Le ministre délégué à la Défense, Gahé Kadet Bertin, appelle les jeunes Ivoiriens à rejoindre les Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (Fanci) pour libérer le territoire national. Le Communiqué ministériel précise qu’il s’agit essentiellement de jeunes de 20 à 26 ans.

Une mobilisation sous les drapeaux qui devrait permettre l’enrôlement près de 3 000 volontaires. Ces nouvelles recrues peuvent s’inscrire, dès ce mardi 10 décembre, sur des listes de conscriptions volontaires à l’état-major. Ils seront pris en main, pendant une semaine, par des instructeurs qui leur dispenseront une formation militaire. Ce n’est qu’à l’issue de cet apprentissage de base des techniques de combat et du maniement des armes que les jeunes volontaires monteront au front, relève le cabinet du ministre de la Défense.

Peur sur la ville

L’annonce de la mobilisation générale a semé un vent de panique à Abidjan, où la population craint que l’appel ne vise à distribuer des armes aux divers mouvements de  » jeunes patriotes « , les milices loyalistes qui ont vu le jour depuis le début de l’insurrection rebelle, le 19 septembre dernier.  » La décision du ministre Gahé Kadet Bertin est un encouragement à la guerre civile « , notent les associations de défense des droits de l’Homme qui travaillent sur place.  » Ces jeunes n’iront jamais au front. Ils vont se cantonner en ville et commencer les exactions « , redoute un membre d’une association humanitaire qui a souhaité garder l’anonymat.

La peur d’exactions est d’autant plus vive qu’aux enlèvements nocturnes et assassinats politiques des tristement célèbres  » escadrons de la mort  » vient de s’ajouter la récente découverte d’un charnier à Monoko-Zohi (centre-ouest) par l’armée française. Quelque 120 corps ont été retrouvés dans cette bourgade, située en zone rebelle, mais brièvement occupée, fin novembre, par l’armée gouvernementale. Les autorités d’Abidjan rejettent toute responsabilité dans cette tuerie et, outre leur propre enquête, appellent à une enquête internationale.