Ladji Doucouré : la flèche africaine

Ladji2.jpg

A tout juste 20 ans, Ladji Doucouré, sprinteur franco-sénégalo-malien, fait partie des futurs grands de l’athlétisme mondial. Depuis son titre mondial cadet sur 100 mètres haies, remporté en 1999, le jeune surdoué a gravi les échelons jusqu’à parvenir à la récompense suprême : une qualification pour les Mondiaux de St Denis, en août prochain. Rencontre avec un garçon lucide et ambitieux.

Né d’un père malien et d’une mère sénégalaise, le jeune Ladji Doucouré a choisi de courir sous les couleurs françaises. Détenteur d’un palmarès déjà bien rempli en cadet, avec un titre de champion du monde sur 100 mètres haies[[<1>La distance passe à 110 mètres dans les catégories supérieures]], il s’est qualifié, à force de travail et de persévérance, pour les Mondiaux de Saint Denis (France) en août prochain. Actuellement pensionnaire à l’Insep (Institut national du sport et des études physiques), il a brillamment décroché son bac pro de commerce, démontrant ainsi qu’il n’est pas qu’un simple athlète.

Afrik : Tu es d’origine malienne, pourquoi avoir choisi de courir pour la France ?

Ladji Doucouré : Outre le fait que je sois né en France, mon choix est logique je pense. A 18 ans, j’ai eu la possibilité de faire les Championnats du monde au Chili. J’ai sauté sur l’opportunité en me disant que l’occasion ne se représenterait peut-être plus. En plus, il faut être réaliste : j’ai plus de facilités de réussir dans l’athlé en étant français, ne serait-ce qu’à cause des problèmes rencontrés pour les demandes de visa…

Afrik : Comment gères-tu ton nouveau statut ? N’est-ce pas difficile de concilier ta vie d’étudiant et celle de sportif de haut niveau ?

Ladji Doucouré : Il faut dire qu’à l’INSEP nous sommes bien encadrés. Je poursuis mes études tout en m’entraînant. Notre récupération est facilitée par les bonnes installations dont nous disposons( les athlètes bénéficient d’une salle de soins et d’un kiné en cas de pépins). Le plus difficile est de rester concentré et de ne jamais lâcher. En clair, il faut être très fort psychologiquement.

Afrik : Est-ce que ta famille et tes amis jouent un rôle important pour toi?

Ladji Doucouré : Oui, bien sûr. Même si je ne les vois pas souvent, ils sont très présents et me soutiennent beaucoup. Je suis toujours ravi quand je les retrouve. Ma famille est une source de motivation supplémentaire car j’ai vraiment envie d’aider mes parents.

Afrik : Comment t’es-tu retrouvé dans l’athlétisme ?

Ladji Doucouré : C’est par pur hasard en fait. Au départ, je jouais au foot à Morsang sur Orge dans l’Essonne. Pour courir plus vite, mon grand frère m’a conseillé de faire de l’athlétisme. Dans le même temps, une camarade de classe m’a proposé de venir compléter l’équipe d’athlé du collège. Je n’étais pas trop chaud au début (sic), mais comme j’aimais bien le sprint, j’ai fini par accepter.

Afrik : Pourquoi avoir choisi l’athlétisme alors que tu brillais également dans d’autres sports, le football notamment ?

Ladji Doucouré : Lors des championnats de France scolaire de football à Caen, je me suis fracturé le tibia et le péroné. Suite à ça, j’ai eu comme un blocage psychologique vis à vis du foot. Comme l’athlé commençait à bien marcher pour moi, j’ai décidé de poursuivre dans cette discipline. Cela étant dit, j’adore toujours le foot.

Afrik : Quand as-tu pris conscience que tu pouvais percer dans le milieu ?

Ladji Doucouré : Le 1er juillet 1998, à Anthony (Hauts de Seine) . Les organisateurs du meeting avaient monté une course pour permettre à un coureur de battre le record de France cadet du 100 mètres haies. Au final, c’est moi qui l’ai battu en réalisant 12’98. A partir de ce moment là, je me suis dit que je pouvais faire quelque chose de bien dans ce sport, d’autant plus que quelques mois plus tard, je gagnais les Pointes d’or (Championnats d’Ile deFrance chez les jeunes) avec en prime un chrono de 12’85.

Afrik : Quelles sont tes qualités et les choses que tu dois encore améliorer ?

Ladji Doucouré : D’abord, je pense que ma grande motivation constitue un atout important. Ensuite, j’arrive à bien gérer le stress des grands rendez-vous. Mon coach dit de moi que j’apprends très vite et que ma vitesse gestuelle est mon point fort. Par contre, je dois encore travailler mon gainage parce que dès que je touche une haie, j’ai quasiment perdu la course. Enfin, mon manque d’expérience au plus haut niveau joue aussi en ma défaveur.

Afrik : As-tu une idole ?

Ladji Doucouré : (sans réfléchir) Colin Jackson[[<2> Lors de la Coupe d’Europe à Birmingham ( Angleterre), Ladji a fini 4ème, juste devant Jackson]]! Pour moi, c’est le modèle à suivre pour les haies. Sa course est fluide et très technique. Ce que j’apprécie le plus chez lui, c’est son côté calme et très peu démonstratif. Qui plus est, c’est le recordman du monde de la distance avec un chrono de 12’91.

Afrik : Quel est le meilleur souvenir de ta jeune carrière ? As-tu déjà eu une grosse déception ?

Ladji Doucouré : ( Il réfléchit) Franchement, il n’y en a pas un qui me vienne immédiatement. On va dire que mon titre de champion du monde cadet reste l’un de mes meilleurs souvenirs car il fut inattendu. Ensuite, il y a mon titre de champion d’Europe espoir en juillet 2001, et ma 3ème place aux championnats du monde juniors alors que je n’étais que cadet (en 2002 au Chili). Par contre, s’il y a bien quelque chose qui m’est resté en travers de la gorge, c’est d’avoir manqué les championnats du monde juniors à cause d’une blessure. Le plus rageant, c’est de savoir que le champion du monde n’aurait fait que 3ème aux championnats d’Europe[[<3> Ladji était champion d’Europe en titre, et aurait donc pu finir ]] à cause du changement de barème pour le décathlon.

Afrik : A un mois des Mondiaux de St Denis, comment te sens-tu ? Quel est ton objectif ?

Ladji Doucouré : Je me sens bien. J’aborde ce 1er grand rendez-vous sereinement, mais je ne suis pas résolu à faire le touriste. J’aimerai passer tous les tours jusqu’à la finale, où là tout peut arriver. Mais pour cela, il faut que je sois régulier et que je coure en dessous des 13’40.

Propos recueillis par Oumarou BARRY.