La volaille donne la chair de poule

Les conséquences économiques de la grippe aviaire ne se font pas seulement ressentir en Asie. La preuve en Algérie où le prix du poulet connaît une chute spectaculaire, que même la profusion de viande de mouton ne saurait expliquer. Quelles sont les raisons qui rendent les consommateurs si frileux ? Réponses.

De notre partenaire Le Quotidien d’Oran.

Elle court la rumeur, sournoise, aux contours imprécis, sur «la grippe aviaire» à Constantine. Paradoxalement, personne ne semble s’en émouvoir, mais tout le monde s’en méfie, la craint. «Paraît-il, elle tue même les personnes, c’est à la télévision qu’on l’a dit».
« Non, c’est en Asie qu’elle sévit, en Algérie on a rien à craindre.Ça se passe en Thaïlande», répondait-on doctement. Mais on objectait naïvement, «je vous jure que j’ai vu des poulets vivants avec le bec qui coule», et on renchérissait, «le poulet touché par la grippe a une peau extrêmement rouge». Voilà en gros l’essentiel des discussions sur fond d’incertitude qui ont conduit, selon certains, à une véritable mévente et fait chuter d’une manière spectaculaire le prix du poulet, que la viande du mouton, disponible à souhait à la faveur du sacrifice de l’Aïd, ne pouvait expliquer entièrement.

Les consommateurs plus méfiants que jamais

«Je vous le dis, habituellement en période de fête du sacrifice, mes ventes se réduisent considérablement, mais elles reprennent très vite, particulièrement à l’approche de mouharam et par la suite achoura. Malheureusement, cette année, malgré le prix abordable de 135 dinars le kilo, c’est à désespérer, je ne vends quotidiennement qu’une vingtaine de poulets alors que, pour la même période, je vendais facilement 100 poulets», nous dira Rezzouk, un ancien dans le créneau qui tient boutique au marché de Sidi Mabrouk inférieur. Son voisin Boudjemâa n’est d’ailleurs pas mieux loti, «les affaires ne marchent pas vraiment. Même le prix de 110 dinars, juste après l’Aïd n’a pas incité beaucoup de gens à acheter».

C’est d’ailleurs le même son de cloche chez les autres vendeurs de volaille, enfin pas tous. Car il y a ceux de Oued El-Had et Chaâb Ersas ou ceux du marché de Daksi, par exemple, qui font de bonnes affaires en vendant le poulet vivant et en l’égorgeant devant le client.
Et l’on s’interroge à juste titre sur la bousculade chez ces marchands, qui travaillent pratiquement tous au noir, d’autant plus que ce n’est pas les prix pratiqués, certes un peu moindres, qui attirent les clients. En effet, le prix est à 110 dinars le kilo, mais le poulet est pesé alors qu’il est vivant. «Autrement dit, égorgé, déplumé et éviscéré, il perd 30% de son poids et peut revenir allègrement à 150 dinars le kilo», nous dira Chaâbane, un aviculteur qui dispose aussi d’un important abattoir aux «Quatre Chemins», près de Aïn El-Bey, et qui alimente en poulet une bonne partie des marchands de la ville de Constantine.

Plutôt vif que mort

Qu’est-ce qui fait courir alors tous ces gens vers les vendeurs de Oued El-Had, Daksi et Chaâb Ersas par exemple ? Tout simplement, la méfiance à l’égard de cette grippe aviaire. «L’avantage avec le poulet vivant, reste qu’on peut vérifier si son bec ne coule pas, ou encore qu’il n’a pas les yeux rouges, en somme qu’il est en bonne santé (sic)», nous dira un des nombreux clients d’un marchand à Daksi. Ce dernier, une fois le poulet choisi, l’égorge et le déplume à l’aide d’une machine et l’éviscère devant le client. Celui-ci, comme tant d’autres, prendra le soin encore de vérifier la volaille sous toutes ses coutures.

Chaâbane, l’aviculteur et propriétaire d’un abattoir aux «Quatre Chemins», nous dira que pratiquement tous les grossistes de Constantine s’alimentent au marché de Chelghoum Laïd où affluent les fermiers de la région. Ceci pour dire que devant la mévente du poulet dont le prix se négocie à peine à 90 dinars sur place, les fermiers sollicitent en accordant crédit aux vendeurs au noir du poulet vivant, et qui tendent à se multiplier ces derniers temps. Et notre interlocuteur de conclure, «je vendais jusqu’à 700 poulets éviscérés par jour, mais, aujourd’hui, j’en vends à peine 400, et encore parce que je travaille avec l’administration».

Mohamed Salah Boureni