La voile, « c’est un mode de vie ! »

Khouloud Jaoui et Florence Arthaud

Les navigatrices qui participent à la Route d’Elissa, course féminine à la voile entre la Tunisie et le Liban, dont le départ a été donné dimanche dernier à Carthage, sont de diverses nationalités. Parmi elles, les Tunisiennes Khouloud Jaoui et Aïda Zarrouk. Les navigatrices nous parlent ici de leurs motivations et de leur expérience de la voile dans un pays où ce sport est encore marginal.

Le coup d’envoi de la seconde édition de la Route d’Elissa, régate exclusivement féminine qui rallie la Tunisie au Liban, a été donné, dimanche dernier, au port de plaisance de Sidi Bou Saïd (Carthage) par la présidente de l’Union nationale des femmes tunisiennes (UNFT), Aziza Htira. Devenue « Route de la paix » et déroutée vers cinq villes méditerranéennes à cause de la guerre au Liban, le départ de cette régate a donné lieu à une cérémonie très émouvante, marquée, entre autres, par l’intervention de l’ambassadeur du Liban en Tunisie, M. Chokri Abboud, qui a fait scandé à la foule : « L’année prochaine au Liban ! ». Les « filles d’Elissa » ont ainsi démarré leur traversée pour la paix le 13 août à 15h30. A l’exception de l’équipe tunisienne, composée de Maya Ben Ammar, Florence Arthaud, Khouloud Jaoui et Aïda Zarrouk qui, quelques minutes, après le départ ont cassé leur barre de flèche (élément du mât d’un bateau). Mais dés lundi, à 2 heures du matin, quelques heures avant l’entrée en vigueur à 8 heures locales, au Liban, du cessez-le-feu entre les miliciens du Hezbollah libanais et Israël, elles ont pu rejoindre leurs collègues en mer. Marseille est la destination finale de l’équipe tunisienne.

Khouloud Jaoui, 24 ans, et Aïda Zarrouk, 28 ans, qui sont respectivement étudiante en architecture et restaurateur du patrimoine quand elles ne sont pas en mer, ont répondu aux questions d’Afrik.com.

Pourquoi participez-vous à la Route d’Elissa ?

Khouloud Jaoui :
Nous avions déjà participé à la première édition de la Route d’Elissa, nous étions parties pour faire la course et puis le concept a changé, il est devenu plus intéressant.

Et vous avez la chance de naviguer avec Florence Arthaud…

Khouloud Jaoui :
Nous sommes les plus fortunées maintenant ! Florence est un vrai marin.

Comment êtes-vous arrivées à la voile ?

Khouloud Jaoui :
Mon papa fait de la voile. Je me suis donc retrouvée dedans très petite. Après, je me suis inscrite dans un club et petit à petit, nous nous sommes intéressées aux habitables et nous avons commencé à prendre part à des régates.

Aïda Zarrouk : Je suis arrivée à la voile après avoir essayé plusieurs sports. J’ai tout de suite accroché et j’ai commencé à pratiquer à l’âge de 13 ans.

Comment menez-vous de pair vos différentes activités et préparez-vous une compétition comme celle-ci ?

Aïda Zarrouk :
Nous essayons de gérer au mieux notre temps pour nous entraîner physiquement et faire des sorties régulières en mer.

A quel rythme ?

Khouloud Jaoui :
Ça dépend. Nous sortons en mer au moins une fois par semaine depuis plus d’une dizaine d’années. L’important, c’est d’être en bonne condition physique et de maîtriser la navigation.

Qu’est-ce qui vous attire dans ce sport ?

Khouloud Jaoui :
Ce n’est pas un sport, c’est un mode de vie !

Comment décririez-vous la Méditerranée qui passe pour être une mer très changeante ?

Khouloud Jaoui :
Les côtes sont très proches et les vents changent très souvent de direction pour se croiser parfois.

Comment est organisé le travail d’équipe durant la traversée ?

Khouloud Jaoui :
Nous prenons chacune à notre tour des quarts. Toujours deux sur le pont et deux qui dorment. La polyvalence est de mise.

Et comment vit-on à quatre dans un espace aussi petit ?

Khouloud Jaoui :
Douches, toilettes, on oublie. Il ne faut absolument pas penser à soi. Il faut trouver la bonne entente. Si tu reproches quelque chose à quelqu’un, il faut le lui dire tout de suite au lieu de s’énerver, car il n’y a pas d’autre alternative que de rester sur le bateau.

De quoi vous nourrissez-vous ?

Aïda Zarrouk :
La salade est bannie. De pâtes …

Khouloud Jaoui : De beaucoup de légumes, de sucreries pour avoir des forces et d’eau.

Vous vous retrouvez souvent entre navigatrices ? Car vous n’êtes pas très nombreuses en Tunisie ?

Khouloud Jaoui :
Au sein de la Fédération tunisienne de voile, nous sommes trois à faire de l’habitable. Nous nous connaissons et nous sommes amies depuis longtemps.

C’est le cinquantenaire du Code du statut personnel, que pensez-vous du statut de la femme en Tunisie ?

Khouloud Jaoui :
Ça va ! C’est comme chez vous (en Europe, ndlr). Il suffit de me regarder ! Les femmes qui se voilent le font par choix. Ce sont des traditions qui persistent, sinon la femme tunisienne fait ce qu’elle veut et quand elle en a envie.