La virginité sous haute surveillance

Sida, viols, violence, éclatement de la cellule familiale. Affolés, les parents Sud-Africains se tournent vers la tradition zoulou pour protéger leurs enfants d’une société sans innocence. Le fantasme de la pureté virginale fait tourner toutes les têtes.

Drôle d’examen cette semaine au Lycée Qophumlando, comme dans beaucoup d’établissements scolaires du Nord-Est de l’Afrique du Sud. Pour les étudiantes, c’est sans doute le plus important de l’année. Dans la plus pure tradition zoulou, 1 500 adolescentes vont passer le test de virginité. Résurgence d’une cérémonie séculaire. On sacrifie une vache, on rend hommage à la monarchie zoulou. Lentement, les jeunes filles s’allongent à terre, petite culotte baissée. Thabile Ngcobo, l’une de leurs professeurs, vérifie alors si leurs hymens sont intacts.

Pendant ce temps là, dans une salle à part, M. Malinga, le directeur de l’école qui est également professeur de physique, teste la pureté des garçons. Un prépuce ferme est paraît-il signe de virginité. Le directeur examine également les genoux de ses étudiants. Les genoux, à l’écouter, ne tromperaient pas. Les étudiants se laissent faire.

Le dogme de la virginité

Si beaucoup sont fiers de passer cet examen, certains s’y refusent par peur ou par timidité. On les soupçonne alors immédiatement d’avoir péché. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit.  » Faire le test écarte les démons. Cela protège du sida et d’autres maladies. Cela protège aussi du crime, de la drogue, et ça vous évite de vous faire de faux amis qui vous pourrissent la vie « , assure sans rire Raymond Malakoana, un garçon de 20 ans, au très sérieux Daily mail and Guardian. Il vient de réussir le test. Il s’en fait une gloire. Ses parents sont heureux. Les 30 étudiants qui l’ont raté, eux, sont frappés d’ostracisme.

Les parents attachent beaucoup d’importance à cette cérémonie.  » Ils reviennent du travail épuisés. Ils ne savent pas ce qui s’est passé en leur absence. Ils ignorent si leur enfant a pu être violenté ou soumis à des pratiques sexuelles « , explique pour eux M. Malinga.. Grâce à cette méthode étrange et peu scientifique, les familles sont rassurées. Elles espèrent que les adolescents pourront convoler entre vierges. Beaucoup souhaitent même qu’ils ne convolent jamais.

Innocence et ignorance

Pour les médecins, la méthode traditionnelle pour déceler la virginité relève d’une fantaisie criminelle. L’absence de l’hymen chez une jeune fille ne s’explique pas que par les relations sexuelles. Quant à l’examen des garçons, il n’a aucune base scientifique. Mais plus grave est le fait que ce prétendu test protecteur ne s’accompagne absolument pas de cours d’éducation sexuelle. Les adolescents en sortent ravis et ignorants, songeant qu’ils souhaitent rester vierges le plus longtemps possible. Un peu comme on souhaite ne pas attraper la grippe ou réussir ses études. Pour eux, tout cela est complètement abstrait.

Le sida ?  » Nous sommes contre l’usage des préservatifs. Nous pensons que le préservatif encourage le goût pour le sexe. Celui qui possède un préservatif peut fréquenter une femme qui n’est pas la sienne en étant certain de ne pas lui faire d’enfants !  » Sanction résolue et affligeante du directeur de l’école.