La ville algérienne d’Hacine toujours sinistrée

En août 1994, la région des Beni Chougrane (wilaya de Mascara) est secouée par une forte secousse tellurique. Près de sept ans après, la petite localité de Hacine garde encore l’aspect d’une agglomération sinistrée. Reportage de nos partenaires d’El Watan.

La catastrophe naturelle avait fait plus de 170 morts, quelque 280 blessés et des milliers de sans-abri. Une étude d’évaluation des dégâts a relevé la nécessité de construire 1219 logements évolutifs. La Banque mondiale a accordé à l’Algérie un prêt de 31,7 millions de dollars pour reconstruire la commune sinistrée. Celle-ci a bénéficié aussi de 223 millions de dinars, dégagés par le gouvernement. Hacine a donc reçu l’aide financière qui aurait dû lui permettre de se relever de son malheur. Il n’en est rien, sept ans après. Lors du passage du Chef du gouvernement, jeudi dernier, la population locale n’a cessé de se plaindre de sa misère, du chômage et des logements « indécents » qu’on leur a construits. Les volumes cubiques qui s’alignent sur plusieurs kilomètres ne sont que de pâles copies des maisonnettes joliment représentées sur la maquette.

Pourtant, que la maquette est belle !

La conception architecturale, déjà assez sommaire sur les plans, n’apparaît guère dans le bâti réalisé. En fait, les autorités locales se sont limitées à attribuer aux sinistrés des surfaces habitables de 30 m2, réalisées uniquement en gros oeuvre, à savoir fondations, structure porteuse et maçonnerie brute. Un prêt bonifié de 150 000 DA, remboursable sur 23 ans, est accordé à chaque famille pour l’achèvement du logement. Prêt consenti par la BDL (Banque de développement local) après avis favorable du service technique de l’autorité locale. Selon les témoignages recueillis sur place, les membres dudit service demandent des pots-de-vin pour activer dans le traitement des dossiers. Information que nous n’avons pas pu confirmer, bien qu’elle soit véhiculée par bon nombre de citoyens rencontrés à Hacine.

Le montant du crédit est d’ailleurs jugé dérisoire comparativement au coût global de la construction, estimé à 850 000 dinars. « Il est complètement englouti dans les frais du notaire et l’installation d’une toiture en plaques de zinc », nous dit-on. « Venez voir, nous n’avons pas pu daller le sol, ni revêtir les murs, car nous n’avons pas d’argent. » Hacine ressemble davantage à un immense site où s’agglomèrent des habitations précaires qu’à un quartier neuf. De l’extérieur, les constructions sont lugubres. A l’intérieur, les plafonds fuient, les murs de parpaings nus gonflent sous l’effet de l’humidité, le sol, à peine cimenté, est froid et rugueux. Quelques matelas épars, une table basse, un réchaud placé au coin forment le mobilier de fortune de ces « maisons » qui ne sont alimentées en eau courante qu’une fois tous les 21 jours.

C’était sale, monsieur le ministre

Le projet de mise en place d’un réseau d’adduction d’eau potable a pourtant déjà consommé un budget de huit millions de dinars. L’éclairage public a été quant à lui, d’après les habitants du village, branché trois jours avant la visite de la délégation gouvernementale, pour faire bonne figure. « Ne croyez surtout pas que la commune est propre. D’habitude, c’est sale partout », ajoute une dame d’un certain âge, au bord de l’hystérie. Un gendarme tente de la calmer en la tenant par les épaules. Elle se dégage brutalement en criant : « Laissez-moi parler, laissez-moi dire la vérité que vous voulez cacher. » Elle se tourne vers nous et nous certifie que les forces de l’ordre ont exhorté « les gens d’ici » à mettre en veilleuse leurs revendications, pour ne pas « importuner le chef du gouvernement ».

Le chômage est l’autre plaie béante de Hacine. Son taux avoisine les 100 % depuis la fermeture de la briqueterie, seule source de travail, en 1997. Plus de 100 salariés permanents et environ 300 saisonniers ont perdu, alors, leur source de revenus. Les parents mettent fin à la scolarité de leurs enfants au deuxième palier du cycle fondamental, car s’enfonçant chaque jour un peu plus dans la pauvreté. Aux trois cents familles les plus miséreuses, le chef du gouvernement, au terme de sa visite à Mascara, a accordé une aide exceptionnelle de 300 millions de dinars (100 000 dinars par famille) pour poursuivre la construction des logements. Une aide providentielle pour ceux qui n’ont pas de quoi garantir le repas du soir.

Souhila H.