La victoire de Kabila dans l’ombre du doute

Joseph Kabila a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle du 28 novembre, mais selon les observateurs du centre Carter, les résultats du scrutin manquent de crédibilité. Selon Joseph Kabila il n’est cependant pas envisageable de les remettre en question et la situation reste très tendue dans le pays où des violences ont éclaté samedi.

A peine réélu, Joseph Kabila doit faire face à une remise en cause de sa victoire. Un scrutin entaché de fraude ? C’est la question sur laquelle ce sont penchés les observateurs internationaux de l’ONG centre Carter, créé par l’ex-président américain Jimmy Carter. Ils dénoncent une multitude d’irrégularités qui décrédibilisent l’élection présidentielle de la République démocratique du Congo (RDC) du 28 novembre. L’organisation estime que les résultats provisoires annoncés par la Commission nationale indépendante (CENI) « manquent de crédibilité ».

Joseph Kabila a riposté ce lundi indiquant que la crédibilité des résultats ne pouvait pas être remise en cause tout en reconnaissant « des erreurs dans le processus électoral ». L’ONG déplore notamment les conditions dans lesquelles se sont déroulé le comptage des voix et la difficulté d’accès des observateurs au centre de compilation à travers le pays, dont Kinshasa la capitale.

Manque d’organisation à Kinshasa

Selon l’organisation, le processus de compilation des résultats s’est avéré particulièrement problématique à Lubumbashi et Kinshasa. « Le manque de préparation dans ces deux grandes villes a entrainé de graves irrégularités », indique le centre Carter. Un manque d’organisation qui a entrainé la perte de 2000 résultats de vote à Kinshasa, fief de l’opposant historique Etienne Tshisekedi, ce qui représente environ 350 000 électeurs. Mille autres résultats de bureaux de vote se sont aussi évaporés dans le reste du pays (environ 500 000 électeurs).

Les observateurs du centre Carter ont également constaté une série d’incohérences, parmi lesquelles les résultats de certains districts du Katanga, où l’on relève des participations à 99%, dont 100% de votes pour Joseph Kabila, ce qui est impossible selon eux.

Face à ce méli-mélo, l’ONG se dit dans l’incapacité de vérifier « l’exactitude de l’ensemble des résultats ou du degré dans lequel ils reflètent la volonté du peuple congolais ». Mais le centre Carter précise à la fin du rapport que ces observations ne remettent pas en question l’ordre des résultats annoncés par la CENI mais indiquent uniquement que le processus des résultats n’est pas crédible.

« Situation explosive »

Le climat reste très tendu dans le pays. Etienne Tshisekedi, qui dénonce des fraudes dans le scrutin, n’a pas accepté la réélection de Joseph Kabila. Il s’est à son tour proclamé président de la république de la RDC. L’opposition a d’ailleurs l’intention d’organiser des marches pacifiques en début de semaine à travers tout le pays pour protester contre la réélection de Joseph Kabila aux dépens de son leader.

Dès le lendemain de l’annonce des résultats vendredi, des heurts ont éclaté à Kinshasa entre les partisans de l’opposition et les forces de l’ordre, faisant au moins un mort, selon Le Monde. Une autre personne a péri à Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï oriental, selon l’ONU.

Alain Juppé ministre français des Affaires étrangères a jugé dimanche que la situation est explosive dans le pays. « J’en ai parfaitement conscience, parce que la tentation de recours à la violence est extrêmement forte, donc nous essayons de faire tout notre possible pour l’éviter », a-t-il dit. Joseph Kabila est réélu mais la RDC est loin d’être tirée d’affaire. Le pays n’est pas à l’abri de sombrer dans le chaos.

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