La valse de l’or noir

Le monde est tout entier suspendu aux décisions du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies. Guerre ou paix ? Les Etats-Unis d’Amérique, non contents de s’être engagés infructueusement dans une guerre difficile en Afghanistan, guerre qui dure, ont massé en six mois une formidable armada autour de l’Irak, pays coupable à leurs yeux de menacer la paix, parce qu’il disposerait d’armes de destruction massive.

Les Etats-Unis, comme la France, n’ignoraient rien jusqu’à ces dernières années du potentiel militaire irakien : ils ont pour l’essentiel été à l’origine de sa constitution, lorsqu’il s’agissait pour eux de lutter contre la République islamiste d’Iran, dont le surgissement n’avait pas été empêché, puisqu’il permettait de faire disparaître un Shah d’Iran coupable de tenir tête aux intérêts pétroliers occidentaux, mais dont le rayonnement idéologique devait être soigneusement endigué.

C’est de la même manière pour freiner l’expansionnisme islamique iranien que l’Arabie Saoudite fut priée d’entretenir financièrement un réseau islamiste wahhabite dont les plus vigoureux combattants furent envoyés à l’exercice contre une armée soviétique fatiguée, vainement emportée dans sa campagne afghane.

Le temps passe, et les mêmes peuples dont l’Amérique s’est hier servi de supplétifs sont aujourd’hui à éliminer : le wahhabisme est devenu synonyme de terrorisme anti-américain, et l’Irak, pays longtemps vanté pour son régime laïc, est désormais une puissance dangereuse pour la paix du monde.

Il faut suivre les temps successifs de cette valse de l’or noir : garder la maîtrise du marché pétrolier mondial, malgré la montée de nouveaux interlocuteurs, impose à l’Etat le plus puissant de la planète de singuliers revirements : Georges W Bush nous en a promis pour 20 ans et tout porte à croire qu’il tiendra sa promesse. Le revirement contre les islamistes afghans est le premier, c’était la première marche, la plus facile peut-être, même si elle n’est pas complètement franchie.

Le revirement contre l’Irak est le second temps de cette stratégie. Le troisième n’épargnera pas l’Arabie Saoudite, dont le régime ploutocratique adossé aux lieux saints ne fera pas couler une larme. Le quatrième round concernera peut-être l’Afrique centrale et ce fabuleux golfe de Guinée où TotalFinaElf croit ses positions tellement fermes… Il ne serait pas surprenant que la France doive bientôt se repentir dans cette région de sa bravache onusienne !