La Tunisie aux prises avec ses vieux démons

Des cadres de l’ancien parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), figurent, selon les autorités, parmi les 105 personnes interpellées mardi par les forces de l’ordre. Des arrestations qui font suite aux affrontements tribaux survenus de vendredi à dimanche dans la ville de Metlaoui (Sud-ouest). Ces violences ont fait au moins 12 morts et 100 blessés. La Tunisie, dans l’attente d’un nouveau pouvoir élu, demeure instable. Le Premier ministre tunisien de la transition, Béji Caïd Essebsi, a annoncé ce mercredi que les élections de l’Assemblée constituante étaient reportées au 23 octobre.

Nouveaux troubles en Tunisie. L’armée et la police ont interpellé 105 personnes mises en cause dans les violences qui ont opposé en fin de semaine dernière deux tribus de la ville minière de Metlaoui, dans la région de Gafsa, située au sud-ouest de la Tunisie. Contre toute attente, figurent parmi elles des membres de l’ancien parti au pouvoir (dissous le 9 mars), le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), ont indiqué mardi des sources militaires. Il s’agirait d’hommes d’affaires originaires de Metlaoui, ainsi que d’un ancien délégué du régime du président déchu Zine El Abidine Ben Ali. Les forces de police auraient saisi des armes à feu et une grande quantité de munitions, ont précisé ces sources.

Les hostilités entre les deux tribus rivales, qui ont duré trois jours, de vendredi soir à dimanche, ont fait au moins 12 morts et une centaine de blessés. Les dégâts matériels ont également été importants. Des maisons et commerces ont été détruits à coup de bulldozer ou brûlés. Les deux parties étaient armées de fusils de chasse, de barres de fer, et de cocktails molotov, a indiqué mardi le porte-parole du ministère de la Justice, Zine El Abidine Kadhem, lors d’une conférence de presse au siège du Gouvernement de transition à la Kasbah. Il a précisé que les personnes arrêtées sont suspectées de meurtre avec préméditation, incendie volontaire de domiciles, incitation au port d’armes…

A l’origine de cette confrontation, une rumeur selon laquelle des tribus bénéficieraient d’embauches au profit d’autres au sein d’une société locale d’exploitation du phosphate. L’armée et la garde nationale ont mis en place un dispositif de sécurité pour tenter de rétablir le calme. Le couvre-feu, qui était déjà établi, a été fixé dorénavant de 16h à 6h. Les tensions tribales dans cette ville minée par le chômage ne datent pas d’aujourd’hui. Et elles se sont multipliées depuis la chute du président déchu Ben Ali, le 14 janvier. En mars dernier, deux personnes avaient péri dans des affrontements. De même, dans la ville de Sened, près de Gafsa, en avril, deux autres avaient connu le même sort après de violents combats opposant des lycéens de tribus rivales.

Des violences condamnées

Les partis politiques ont vivement condamné ces violences. Notamment le Parti démocratique progressiste (Pdp), qui a mis en garde, pour sa part, contre la gravité du dérapage dans les conflits tribaux et claniques «qui menacent l’unité nationale et la font dévier des objectifs de la révolution pour bâtir une Tunisie nouvelle, libre, solidaire et démocratique». Le parti de la Rencontre de la jeunesse libre (Prjl) s’est proposée d’envoyer une délégation de jeunes à Metlaoui pour participer à calmer les esprits afin d’éviter tout dérapage et rétablir la sécurité.

La Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme (LTDH) s’est, quant à elle, dite très préoccupée par la situation et a exhorté « les citoyens de Metaloui à faire preuve d’extrême retenue et les différentes composantes de la société civile à s’opposer à toute action pouvant attiser la tension ou mener à l’escalade ». La Ligue, qui a appelé le gouvernement à « prendre toutes les dispositions pour rétablir la sécurité, et à ouvrir une enquête sérieuse afin de révéler toute la vérité et déterminer les responsables de ces évènement », a souligné « la nécessité de trouver des solutions urgentes acceptées par toutes les parties afin de restaurer la concorde parmi les habitants de Metlaoui, et éloigner le spectre de la discorde qui menace la région ».

La crise à laquelle est en proie Metlaoui pourrait bien se propager comme une gangrène dans d’autres régions. Les Tunisiens, qui espéraient un avenir meilleur après la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali, ne sont pas au bout de leurs peines. Ils sont toujours confrontés à un chômage grandissant et au coût élevé de la vie. Sans compter l’incertitude politique caractérisée par le report fréquent des élections de l’Assemblée constituante. Ces dernières, initialement prévues le 24 juillet, sont désormais reportées au 23 octobre, a annoncé ce mercredi le Premier ministre tunisien de la transition, Béji Caïd Essebsi. Stabiliser le pays semble plus que jamais une urgence, pour éviter qu’il ne sombre dans la violence.