La transition politique au Bénin en question


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Un nombre record de candidats, un Président en place dont on ne sait pas s’il se représentera en dépit de la Constitution, le budget de la Commission électorale divisé par deux. Les élections présidentielles béninoises de mars prochain s’annoncent dans un contexte difficile. Le point sur la situation.

Par Koceila Bouhanik

Qui sera le prochain Président du Bénin ? Après trente années de pouvoir cumulées, Mathieu Kérékou renonce officiellement à la magistrature suprême comme le prévoit la loi constitutionnelle. En effet, un candidat ne peut avoir plus de 70 ans et Mathieu Kérékou en compte deux de plus. Pourtant, certains membres de l’entourage présidentiel font pression pour que Kérékou brigue un nouveau mandat ; d’autant qu’il n’a pas de dauphin désigné. Ce qui impliquerait de modifier la Constitution. On se souvient de Kérékou cédant « à la régulière » la charge présidentielle à Nicéphore Soglo, après sa défaite aux élections de 1989. Mais la proposition de coupler les élections présidentielles aux législatives en 2008, émanant de ce même entourage, laisse libre champ aux spéculations. Modèle démocratique depuis les années 1990, le Bénin est aujourd’hui en proie au doute.

La CENA en panne de sous

La Commission Electorale Nationale Autonome installée depuis le 23 septembre 2005 n’a toujours pas reçu les fonds nécessaires à la tenue du vote. Elle n’a donc pas pu mettre en place les innovations électorales issues du scrutin présidentiel de 2001, comme le recensement électoral national approfondi et l’implantation de ses bureaux à l’échelle locale. Et pour cause, sur le budget de 20 milliards de francs CFA qui avait été initialement prévu, seuls 4,8 milliards en nature (fournitures de bureaux principalement) et en numéraire ont été négociés auprès des bailleurs de fonds internationaux. L’Etat, lui, propose de débloquer 6 milliards alors que la CENA en demande 10. Les négociations se poursuivent.

Un nombre record de candidats

33 candidats au départ, 26 officiellement en course aujourd’hui. Le multipartisme libéral, qu’a instauré la Constitution de 1990, a permis à plus de 150 partis béninois de voir le jour. La plupart n’a toutefois qu’une assise régionale ou clanique. Ajouté à cela, trois ministres de l’actuel gouvernement se présentent à leur compte et le « dauphin » prévisible du Président, Pierre Osho, a démissionné de son ministère de la Défense en dénonçant la corruption du régime. Il a d’ailleurs été remplacé par Martin Dohou Azonhiho, ancien ministre de l’Intérieur, dont les Béninois se rappellent encore l’impitoyable mandat. Où donner de la tête dans cet imbroglio politique? Et Bien que l’inscription des votants s’achève le 6 février, le vide des listes électorales montre qu’aucun des candidats ne suscite le rassemblement.

A Cotonou, on s’interroge. Que va-t-il se passer dans les jours et les semaines à venir ? Kérékou, l’armée, le report des élections ou un homme fort au programme politique fiable qui se démarquerait et gérerait une transition efficace ? Seul l’avenir nous le dira.

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