La torture, « une pratique ancrée » en Mauritanie

La torture dans les prisons mauritaniennes est devenue un recours « systématique » pour obtenir les aveux des prisonniers politiques ou de droit commun en Mauritanie. Selon le rapport publié mercredi par Amnesty International, le coup d’Etat d’août 2008 laisse pessimiste quant à l’avenir.

La Mauritanie a systématisé la torture, selon un rapport publié ce mercredi par l’ONG Amnesty International. Elle s’est érigée en « méthode d’enquête et de répression » pour obtenir des aveux. Décharges électriques, brûlures de cigarettes, privation de sommeil sont quelques uns des mauvais traitements infligés aux prisonniers rencontrés par les enquêteurs d’Amnesty lors de deux missions effectuées en février et mars, puis en juillet 2008. Ces témoignages confirment ceux recueillis par l’ONG ces 20 dernières années.

Méthode et héritage d’une vie politique torturée

« Toute personne détenue pour des motifs politiques ou de droit commun encourt presque systématiquement le risque d’être torturée ». Les sévices corporels et psychologiques sont souvent perpétrés durant la garde à vue où les personnes interpellées sont les plus fragiles. Elles n’ont alors aucun contact avec leurs familles ou leurs avocats. Pourtant, note le rapport, la Mauritanie est signataire de « nombreux traités internationaux et régionaux relatifs aux droits humains qui interdisent la torture et les mauvais traitements, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ».

Gaëtan Mootoo, responsable des recherches sur la Mauritanie à Amnesty International, parle d’une « pratique ancrée » en Mauritanie, résultant du « terrible héritage de décennies de régime autoritaire ». « Au cours de ces cinq dernières années, indique le rapport de l’ONG, les autorités ont arrêté plus de 250 militaires inculpés de tentatives de coup d’État. Détenus et torturés dans des lieux secrets durant plusieurs semaines, certains ont été libérés sans inculpation ni procès mais quelque 130 soldats ont été inculpés d’atteinte à la sûreté de l’État et certains d’entre eux ont été condamnés en février 2005, à des peines allant de dix-huit mois d’emprisonnement à la détention à la perpétuité. »

La lutte contre le terrorisme, un facteur aggravant

Les lois anti-terroristes adoptées en juillet 2005 ont également renforcé une pratique dont les autorités mauritaniennes « ont du mal à se défaire », selon Gaëtan Mootoo. « Quand on est accusé par exemple d’atteinte à la sûreté de l’Etat, la loi de 2005 autorise une garde à vue de 15 jours. Mais les personnes interpellées peuvent être gardées plus longtemps, même si la loi ne le permet pas », poursuit le chercheur. Le texte de loi de 2005 n’a pas modifié le code pénal mauritanien, mais il sert à justifier les récentes arrestations de personnes soupçonnées d’appartenir au réseau terroriste Al-Qaïda pour le Maghreb islamique. Elles seraient, entre autres, impliquées dans les attentats d’Aleg de 2007 qui ont coûté la vie à quatre touristes français dans l’Est de la Mauritanie.

Le rapport d’Amnesty déplore d’autant plus cette situation que la Mauritanie avait renoué avec la démocratie en 2007, avec l’organisation des premières élections libres et transparentes qu’aient jamais connues le pays. De même, « certaines modifications du code de procédure pénale, en avril 2007, qui interdisent le recours à la torture avaient laissé espérer une amélioration du traitement des détenus ». Le coup d’État d’août 2008 et le discours du nouveau président mauritanien, le général Mohamed Ould Abdel Aliz, prononcé le 17 août 2008, renforçant la lutte contre le terrorisme, n’incitent pas à se montrer optimiste.

L’ancien président, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, est depuis août dernier en résidence surveillée et son Premier ministre, Yahya Ould Ahmed Waghf est détenu à la prison de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie. Des manifestations pacifiques qui demandaient leur libération, début octobre, ont été fortement réprimées. Les manifestations « à caractère politique devant être organisées sur la voie publique » venaient alors d’être interdites « jusqu’à nouvel ordre » par le gouverneur de la capitale le 30 septembre 2008.

 Lire le rapport d’Amnesty International