La Tanzanie non-fumeuse

Il est désormais interdit de fumer dans les lieux publics en Tanzanie. La loi, entrée en vigueur le 1er juillet dernier, signe également la fin de la publicité à la télévision, à la radio et dans la presse et interdit la vente de tabac aux mineurs.

Fumer une cigarette au restaurant est désormais interdit en Tanzanie. La nouvelle loi du Tobacco Products Act 2003 est entrée en vigueur mardi 1er juillet et interdit la consommation de tabac dans tous les lieux publics. Les transports, les hôpitaux, les écoles, les restaurants devront se doter d’espace réservés aux fumeurs s’ils ne veulent pas faire l’objet des sanctions du gouvernement. La Tanzanie rejoint ainsi le club très restreint des pays africains qui luttent conte le tabagisme avec des mesures législatives concrètes.

Changer les pratiques

La loi interdit la vente de cigarettes aux mineurs de moins de 18 ans et limite l’accès des industries du tabac à la publicité. Les campagnes promotionnelles sont désormais bannies des écrans de télévision, des ondes radio et des pages de journaux. Le gouvernement devra bientôt spécifier les endroits où la publicité sera possible. Toutes ces mesures correspondent aux recommandations émises par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et constitue un effort important de la part de la Tanzanie dans la lutte anti-tabac. Elle qui n’a pourtant pas signé la Convention-Cadre de l’OMS.

La loi tanzanienne est des plus strictes. Les individus pris en train de fumer dans un lieu qui ne leur est pas réservé pourront payer jusqu’à 500 000 schillings (environ 426 euros) d’amende et risqueront jusqu’à un an de prison ferme. Les vendeurs de tabac ne respectant pas la limite d’âge de 18 ans requise pour les acheteurs paieront une amende de 2 millions de schillings (environ 1705 euros) et risqueront une peine d’emprisonnement de 2 ans.

« Ça va vraiment changer les choses ici, les Tanzaniens fument partout, dans le bus, les hôpitaux et aussi en présence des enfants, mais la nouvelle concernant la loi anti-tabac n’est pas encore répandue et il faudra du temps pour que les mauvaises habitudes changent », déclare une habitante de Dar Es-Salam. Ce sont indirectement les non-fumeurs qui trouvent là une loi pour les protéger. Le ministère de la Santé souhaite ainsi éduquer la population et à long terme « créer un environnement sain pour faire de cette société une société non-fumeuse ».

Santé contre intérêts économiques

Les producteurs de tabac et les distributeurs de cigarettes ont fermement condamné cette mesure qui vient directement menacer leurs intérêts. L’industrie locale du tabac doit à présent respecter les normes internationales de production. Et les paquets de cigarettes porteront bientôt le message à caractère sanitaire sur les effets du tabac que les marques redoutent tant pour leur image. Franklin Ndosy, directeur des Corporate Affairs de la Tanzania Cigarette Company, se garde pourtant de crier au feu : « L’impact ne sera pas si important que cela pour nous car cela fait déjà quelques années que nous avons aligné nos produits aux standards internationaux de la convention-cadre. C’est la loi qui nous rattrape, et non l’inverse ». L’optimisme semble donc l’emporter et le lobby des cigarettiers a de toute façon perdu la partie face à la détermination du gouvernement.

Jusque-là, le continent africain demeurait un terrain idéal pour l’industrie du tabac car il était vierge, dans la plupart des pays, de toutes contraintes et limitations. Certains états, comme le Malawi, sont d’ailleurs économiquement dépendants des firmes de tabac et ne peuvent de ce fait ratifier des lois restrictives. La lutte contre les ravages du tabagisme en Afrique trouve alors avec la Tanzanie un nouvel allié de poids.

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La Convention-cadre

Tobacco Products Act 2003

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