La Tanzanie marche au radar

Le gouvernement tanzanien s’obstine à vouloir acquérir un système militaire de contrôle du trafic aérien très coûteux. Résultat : la Grande-Bretagne, généreux donateur en faveur du pays, suspend son aide au développement jusqu’à nouvel ordre.

La Grande-Bretagne gèle son aide au développement en faveur de la Tanzanie. Ce sont 14 millions de dollars, prévus pour le mois de mars, qui n’iront pas dans les caisses de l’Etat tanzanien. La raison ? Londres s’oppose à l’acquisition par les Tanzaniens d’un système militaire de contrôle du trafic aérien. Un radar, produit par la compagnie britannique d’aérospatiale BAE Systems et qui coûte 40 millions de dollars.

Claire Short, secrétaire britannique pour le développement international, a déclaré que l’aide de la Grande-Bretagne devait rester circonscrite à des programmes de santé et d’éducation et qu’un tel système de contrôle militaire était  » inapproprié  » aux besoins de la Tanzanie. Un système concernant l’aviation civile coûterait en effet le quart du prix (10 millions de dollars).

Creuser la dette

Bien que le président Benjamin Mpaka clame que son pays a besoin de remplacer un système obsolète, le prix du radar militaire creuserait un peu plus la dette de la Tanzanie, estimée à plus de 7 billions de dollars. La Grande-Bretagne est traditionnellement l’un des donneurs occidentaux les plus généreux envers Dar-es-Salaam mais son aide restera suspendue jusqu’à la fin de l’enquête du Département pour le développement international qui déterminera si la Tanzanie a respecté ses engagements dans la lutte contre la pauvreté.

 » Nous sommes un Etat libre et nous accordons la plus grande importance à la sécurité de notre pays. Pour le moment, nous souhaitons toujours acheter le radar « , a déclaré le ministre tanzanien des Finances, Abdulsalam Issa Khatib. Rejoint par son confrère des Affaires Etrangères, Jakaya Kikwete :  » C’est un peu insultant que l’on nous dise quoi faire. La responsabilité de la Tanzanie est dans les mains des Tanzaniens  »

Pourtant, la Grande-Bretagne n’est pas la seule à tancer Dar-es-Salaam pour cette dépense qui semble inconsidérée et inopportune. L’ONG Oxam remarque que les 40 millions de dollars destinés au radar serviraient à résoudre les problèmes d’accès aux soins des 3,5 millions de personnes que compte le pays. Quant à la société civile, elle dénonce le manque de transparence et le fait que les négociations sur l’achat du radar se fassent  » en secret  » depuis plusieurs années, sans concertation ni débat.