La Suisse lance un spot télévisé pour décourager les migrants clandestins

Le gouvernement suisse en collaboration avec l’Organisation pour les Migrations a lancé un clip pour alerter les clandestins camerounais sur les dangers de l’immigration clandestine. Diffusé au Cameroun le 3 décembre, il s’inscrit dans une campagne de sensibilisation lancée en mai dernier.

Un jeune homme appelle son père resté en Afrique depuis une cabine téléphonique. « Allo ! ça va ? ». La conversation s’engage. Le garçon entame une description idyllique de sa situation en Suisse, entre inscription à l’université et logement chez un ami, alors que passent, entre deux phrases, les images de ce même jeune homme en train de mendier, fuir la police et dormir dans la rue. Ce spot télévisé a été lancé le 3 décembre et devrait être diffusé jusqu’au 13 de ce même mois au Cameroun. Il s’inscrit dans le cadre d’une campagne de sensibilisation sur les dangers de l’immigration clandestine lancée par l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), en mai dernier, et financée en partie par le gouvernement suisse.

Sensibiliser les Camerounais

« La vie n’est pas facile pour les sans papiers, ils doivent faire face aux problèmes de logement et sont parfois exploités », explique Jemini Pandya, le porte-parole l’Organisation Internationale pour les Migrations. « Dans ce clip, on a voulu rendre compte d’une certaine réalité que les clandestins ne mentionnent pas à leur famille par peur de perdre la face », poursuit-elle. Ce spot télévisé a été réalisé par une société camerounaise en collaboration avec des partenaires sociaux au Cameroun afin de mieux sensibiliser les futurs clandestins. Pourtant, cette campagne n’a pas rencontré les mêmes suffrages en Europe. L’hebdomadaire suisse « Sonntagsblick » a remis en cause le clip, qui, à son sens, dénigre l’image de la Suisse.

« Nous n’avons pas de travail pour eux »

Si ce spot prévient des dangers de l’immigration clandestine, il est aussi un argument économique majeur pour la Suisse. Avec la création de l’espace Schengen qui prévoit la libre circulation des Européens dans l’Union européenne, la Suisse dispose d’un réservoir de 200 millions de personnes pouvant exercer un travail peu ou non qualifié. Ce qui laisse peu de chance aux Africains partis en terre helvétique. « Les immigrants ne devraient pas se faire d’illusions sur la Suisse. Nous n’avons pas de travail pour eux », a expliqué, le 25 novembre dernier, Edouard Gnesa, directeur de l’Office fédéral suisse de l’immigration à l’hebdomadaire « Sonntagsblick ». En débloquant 1,5 millions de francs suisse pour la campagne, le pays espère donc dissuader les futurs clandestins Africains.

« Si l’opération a été lancée au Cameroun et au Nigeria, l’année dernière, c’est qu’ils représentent un fort potentiel migratoire», déclare Jonas Montani, le porte-parole de l’Office fédéral suisse de l’immigration (ODM), organisme engagé dans cette campagne. C’est pour sans doute lutter contre la prostitution que la Suisse s’est intéressée à ces deux Etats qui ont la triste réputation d’être les premiers « fournisseurs » de prostituées sur le continent africain.

Beaucoup de personnes en Suisse pensent que cette opération a un lien avec l’Union démocratique du centre (UDC), le parti politique suisse xénophobe et raciste. Un parti qui s’était fait connaître par ses affiches de campagne pour les élections parlementaires en octobre dernier, et qui a remporté 62 sièges sur 200 au Conseil national. Des moutons blancs qui expulsent un mouton noir et un slogan « Pour plus de sécurité, l’UDC », voilà ce que l’on pouvait voir sur ces annonces. « Ce parti n’a rien à voir avec la campagne de lutte contre l’immigration clandestine, cette opération a commencé bien avant les élections. Nous sommes là pour éviter que les clandestins se mettent en danger », explique la porte-parole de l’Organisation Internationale pour les Migrations. La campagne financée par le budget ordinaire de l’ODM du conseiller fédéral Christophe Blocher, leader du parti de l’UDC, a été saluée par ce dernier. M. Blocher avait déclaré le 24 octobre dernier à TSFinfo.ch, qu’il voulait réduire le nombre de migrants. Pari réusssi au Cameroun puisque, grâce au spot télévisé, il y a eu, cette année, 53 demandes d’asiles en moins.

La Suisse n’est pas le seul pays à s’être engagé dans cette campagne contre l’immigration irrégulière. L’Espagne avait diffusé sur les ondes sénégalaises, en septembre dernier, un clip montrant une femme qui raconte comment elle a perdu son fils qui tentait de rejoindre l’Europe par la mer.