La Suisse aurait fourni des armes au Soudan

Selon le rapport annuel de l’Institut des Hautes études internationales de Genève, la Suisse aurait été le deuxième fournisseur d’armes légères du Soudan en 2002, après l’Iran, alors que la législation suisse interdit l’exportation de matériel de combat dans les zones de conflit. Le secrétariat d’Etat à l’Economie réfute les allégations et doit lancer une enquête sur le sujet.

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe au sein de la tranquille république fédérale helvétique. Selon un rapport de l’Institut des Hautes études internationales (HEI) de Genève, rendu public samedi et présenté aux Nations Unies mercredi dernier, la Suisse aurait été le deuxième fournisseur d’armes légères du Soudan en 2002. Après l’Iran. Le rapport, qui ne révèle pas les destinataires des exportations, se base sur les statistiques des douanes soudanaises. Il fait état d’exportations « d’armes de guerre, de mitraillettes, de fusils d’assaut et de roquettes », à hauteur de 4,3 millions de dollars, alors que la législation suisse interdit d’exporter du matériel de guerre dans les zones de conflit.

Surprise du côté du secrétariat d’Etat à l’Economie (Seco). « Ou les chiffres soudanais sont faux, ou il s’agit d’exportations illégales », a déclaré Othmar Wyss, responsables du contrôle des exportations, qui assure que le Seco n’a pas connaissance d’importantes livraisons d’armes vers le Soudan. « Les exportations d’armes doivent recevoir le feu-vert du Seco et du Département fédéral des affaires étrangères. En cas de divergences, c’est le Conseil fédéral qui a le dernier mot. Il n’y a assurément pas eu d’autorisations pour des livraisons d’une telle ampleur. »

Erreurs de calcul ?

Selon les chiffres officiels du Seco, le montant des armes exportées au Soudan en 2002 s’élève à 4 100 francs suisses (3 315 dollars). Ce chiffre ne concernerait que « des revolvers et des pistolets » et les exportations auraient été autorisées pour la protection personnelle de personnes privées. En juin dernier, le Conseil fédéral avait expliqué que le Seco avait octroyé 13 autorisations de livraison d’armes vers le Soudan depuis avril 1998, pour une valeur de 17 000 francs suisses (13 743 dollars) et qu’il s’agissait exclusivement d’armes de protection individuelle et de sport.

L’étonnement est aussi de mise à l’ambassade de Suisse à Khartoum. « Nous avons pris connaissance du rapport, nous l’avons lu. Il n’y a rien à dire si ce n’est que le chiffre avancé des exportations d’armes légères de la Suisse vers le Soudan est totalement faux », nous a-t-on expliqué. « Des enquêtes vont être ouvertes pour vérifier ces allégations. » Anna Khakee, chercheuse de l’HEI, a admis samedi, sur les ondes de la Radio suisse romande, qu’il pouvait y avoir une erreur dans les chiffres fournis par les autorités soudanaises. Toujours est-il que le rapport affirme également que la Suisse aurait exporté des armes légères vers l’Indonésie, le Pakistan et l’ex-Yougoslavie entre 2000 et 2002…

Situation humanitaire « choquante »

La porte-parole du Seco, Rita Baldegger, a annoncé que ce dernier allait prendre contact lundi avec l’ambassade locale pour demander des précisions et des éclaircissements. Il se peut aussi que les chiffres cités dans le rapport se réfèrent à des armes exportées illégalement. Selon le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grip), 55% du commerce total des armes légères dans le monde est illégal.

La présentation du rapport de l’HEI a coïncidé avec le retour de la ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, après cinq jours de visite officielle au Soudan. Celle-ci a qualifié de « choquante » la situation humanitaire dans la région du Darfour et a appelé à un règlement politique de la crise. Le conflit soudanais a débuté en 1983. Plus longue guerre civile du continent africain, elle a fait plus de 2 millions de morts et des milliers de déplacés.