La success story de Said Elinkichari, chasseur de têtes

Saïd Elinkichari, 50 ans, est à la tête du cabinet de recrutement GEC qu’il a fondé en 1990 à Paris. Il fait aujourd’hui partie du célèbre répertoire de personnalités Who’s Who. Il est, en France, le seul Maghrébin créateur et dirigeant d’un cabinet de recrutement. Pour lui, le travail est la principale clé de de la réussite. Cependant, ce natif de Djerba, en Tunisie, a gardé toute sa lucidité quant aux problèmes d’intégration que rencontrent les personnes issues de l’immigration. Il nous a accordé une interview.

Né à Djerba, en Tunisie, en 1957, Said Elinkichari, ingénieur en informatique, vit en France depuis 24 ans. En 1990, il crée GEC, son propre cabinet de recrutement. En 2002, il fait son entrée dans le Who’s Who. Le 22 octobre de la même année, il reçoit la décoration de l’insigne de Chevalier de l’ordre national du mérite, au titre de la réserve personnelle de croix du président de la République, Jacques Chirac. Il a accepté, pour Afrik.com, de revenir sur son parcours et les enseignements qu’il en a tirés.

Afrik.com : Vous êtes un pur produit de l’école publique tunisienne. Aujourd’hui, vous dirigez un important cabinet de recrutement. Quel a été votre parcours ?

Saïd Elinkichari :
Je suis en France depuis 24 ans. J’ai intégré le monde de l’entreprenariat en créant ma propre entreprise, il y a 17 ans. Néanmoins, je suis un pur produit de l’école publique tunisienne. Après avoir obtenu mon baccalauréat à Djerba, j’ai poursuivi mes études supérieures à la Faculté des sciences de Tunis où j’ai décroché un diplôme d’ingénieur en informatique (bac +6). J’ai intégré le monde du travail en rejoignant, à l’époque, le ministère des postes et des télécommunications, en tant que responsable du service informatique. Après un an d’expérience, à l’âge de 26 ans, je suis parti en France, où j’ai commencé une nouvelle vie professionnelle.

Afrik.com : Comment s’est déroulée votre première expérience en France. Avez-vous trouvé tout de suite un travail correspondant à votre profil ?

Saïd Elinkichari :
J’ai tout de suite trouvé un emploi qui me convenait. Chose qui m’a d’ailleurs encouragé à m’installer en France. C’était exactement en 1983 et, à cette période, le marché de l’emploi connaissait une pénurie d’informaticiens. Suite à une annonce parue dans le quotidien Le Monde, j’ai répondu et j’ai passé des entretiens. L’entreprise m’a proposé le poste. En plus, elle s’est chargée elle-même des formalités administratives, puisque j’avais un visa touriste. Résultat : j’ai pu bénéficier d’un emploi comme tout ingénieur informaticien diplômé d’une Ecole française. Ensuite, mon expérience professionnelle a suivi son cours. J’ai été jugé sur la qualité de mon travail. On m’a donné ma chance, et j’ai montré que j’avais les compétences requises. Je n’ai pas déçu mes recruteurs et, par la force des choses, j’ai évolué normalement.

Afrik.com : Comment avez-vous vécu ce premier contact avec une culture française somme toute différente dans l’univers de l’entreprise ?

Saïd Elinkichari :
Dans chaque société humaine, il y a des codes, des mœurs, des us et coutumes qu’il faut respecter. Demain, en tant que chef d’entreprise, si je vais investir au Japon, je me renseignerai avant sur le monde du travail tel qu’il est dans le pays du Soleil levant. Mon intérêt portera, à l’évidence, sur le volet législatif, et s’attachera spécialement aux aspects de la vie et des pratiques quotidiennes, des mœurs… A mon arrivée en France, j’ai constaté qu’il s’agissait d’une société ultralibérale et, par ricochet, très compétitive. Ceux qui travaillent bien sont récompensés. A la longue, on est toujours reconnu à sa juste valeur. Malheureusement, il y a des secteurs qui sont toujours sinistrés, quelle que soit la conjoncture économique.

Afrik.com : Comment passe-t-on du statut de salarié à celui de chef d’entreprise en créant sa propre entreprise ?

Saïd Elinkichari :
Quand on crée son entreprise à l’âge de 32-33 ans, la donne n’est pas toujours facile. On est encore jeune pour être stratège et suffisamment visionnaire. Si j’avais créé ma société aujourd’hui à l’âge de 50 ans, cela aurait été différent. A l’époque, je n’étais pas entouré de personnes pour m’éclairer, me conseiller et me dire que le monde informatique était un monde impitoyable. Lorsqu’on est jeune, le monde de l’emploi offre des opportunités multiples. On trouve un emploi rapidement en France ce qui était mon cas d’ailleurs, mais au fur et à mesure que les années passent, au-delà de 40 ans, on est vite rejeté par le marché. Je n’avais pas cette perception quand j’ai créé ma société. J’ai pu tout simplement constater qu’autour de moi, au moment où je travaillais, des personnes qui avaient 10-15 ans de plus que moi traînaient et n’évoluaient pas. Chose qui m’a poussé à réfléchir et encouragé à sauter le pas et créer ma propre société. Cela n’émanait pas d’une réflexion mûre mais d’une idée qui germait dans mon esprit et qui ne cessait de grandir. Passer du statut de salarié à celui de chef d’entreprise allait tout changer. Quand j’ai créé ma société, fin 1990, je n’avais pas droit aux indemnisations de chômage car j’avais démissionné.

Afrik.com : Votre entreprise est un cabinet de chasseur de têtes, spécialisé dans le recrutement d’informaticiens de haut niveau en nouvelles technologies. Comment fonctionne ce cabinet dans le monde difficile des ressources humaines ? Expliquez-nous le travail de chasseur de têtes…

Saïd Elinkichari :
En France, comme ailleurs dans le monde développé, il existe des profils d’un certain nombre de cadres extrêmement rares et exceptionnels par rapport à d’autres. Une entreprise qui cherche une secrétaire, un profil courant s’adresse à l’Agence nationale pour l’emploi, trouve les CV et choisit. Par contre, quand le profil est rare et très pointu et quand on n’arrive pas à recruter, même via son service de ressources humaines, on fait appel illico presto à l’assistance d’un cabinet ou d’une société externe (cabinet de recrutement ou un cabinet chasseur de têtes). L’objectif est d’aller chercher chez la concurrence les mêmes profils, et de les débaucher pour les présenter à l’entreprise qui nous mandate.

Afrik.com : Cela suppose un sacré carnet d’adresses et un véritable réseau. Comment opérez-vous concrètement ?

Saïd Elinkichari :
Cela suppose avant tout une parfaite connaissance du métier. Une entreprise ne va pas déléguer la recherche d’un de ses cadres dirigeants à un cabinet qui ne maîtrise pas le métier. Lorsque le président directeur général, le directeur général ou le responsable des ressources humaines de la première entreprise de conseil en Europe Cap Gemini me reçoit, il me juge aussi en fonction de mes réponses. Il analyse mes compétences dans le domaine. Ma connaissance approfondie du monde informatique m’a beaucoup aidé. Ce qui me manquait, c’était uniquement, l’aspect management, direction de l’entreprise, communication et tous ces aspects-là. J’ai appris à les maîtriser sur le tas. J’avais la compétence requise pour pouvoir convaincre le futur client. Dans ce métier, il ne suffit pas d’avoir la compétence. Il faut savoir non seulement dénicher, rechercher et trouver les candidats, mais aussi les motiver. Ces candidats mêmes qu’on présente à nos clients sont des candidats rares et donc recherchés par tous les cabinets de la place.

Afrik.com : Comment sélectionnez-vous vos candidats ? Combien recevez-vous de CV par jour ?

Saïd Elinkichari :
La recherche de candidats suit un processus minutieux et bien déterminé. Elle suit plusieurs méthodes. La méthode la plus classique et la plus standard est tout simplement de passer des annonces en présentant notre expérience. Et ce, en véhiculant des messages, comme par exemple : « Nous sommes un cabinet de recrutement qui existe depuis 15 ans qui a reçu 30 000 personnes comme vous. Venez profiter de notre expérience, on va vous aider et vous éclairer pour vous permettre de mieux évoluer. » Cela ramène des candidats. La seconde méthode est celle du contact direct. Nous avons au sein du cabinet un chasseur spécialisé. Il s’agit d’une personne qui a sous sa responsabilité des bases de données énormes, des annuaires des grandes écoles de France (Polytechnique, Centrale Paris, Mines Paris). Sur la base de ces informations, il va appeler les différentes personnes chez elles le soir ou sur les lieux de travail en présentant le cabinet GEC, et en les incitant à passer nous voir. Le troisième créneau pour nous est la gestion des demandes reçues directement au sein du cabinet. Notre bureau ne cesse de croître en notoriété. Nous avons reçu plus de 30 000 candidats dans nos locaux et il y a plus de 300 000 informaticiens qui nous ont envoyé leur CV. Cela fait du monde qui connaît GEC ! Ces mêmes personnes qu’on a reçues, nous font au fur et à mesure notre propre publicité. On reçoit 20% de nos candidats par le bouche-à-oreille. Vous appellerez cela la notoriété ; moi, j’appellerai cela le cumul de l’expérience. Un candidat reçu et satisfait par nos services va nous envoyer, à un moment ou à un autre, un de ses amis.

Afrik.com : Quels sont vos interlocuteurs ? A quel niveau de l’entreprise ils se situent ?

Saïd Elinkichari :
Nos interlocuteurs sont soit les PDG pour les entreprises de taille inférieure ou égale à 500 personnes. Au-delà de 500 personnes, notre cabinet traite avec le directeur des ressources humaines. Dans les grandes entreprises, c’est le DRH qui s’occupe du recrutement de cadres de haut niveau.

Afrik.com : Saïd Elinkichari, vous avez un nom qui n’est pas français. Avez-vous, durant votre parcours professionnel, souffert d’une forme de discrimination ? Votre nom a-t-il été, à un moment ou à un autre, un handicap pour vous ?

Saïd Elinkichari :
C’est le seul cabinet de recrutement – parmi1500 cabinets de recrutement en France -, créé et dirigé par un Maghrébin ou un Arabe. Aucun autre Maghrébin n’a réussi dans ce domaine. Il s’agit d’un secteur d’activité extrêmement fermé à l’image d’autres secteurs, tel le notariat. Il n’y a pas de notaire d’origine maghrébine en France. Cette profession se transmet de père en fils et de famille en famille. Vous ne pouvez pas avec votre diplôme en droit passer un concours et vous improviser notaire. C’est le même cas pour les cabinets de recrutement. Il s’agit d’un petit secteur. Il y a en tout et pour tout, 1500 cabinets de recrutements, et malheureusement aucun Arabe ni Français d’origine immigrée n’a réussi à creuser son sillon dans ce monde des ressources humaines. Il y a eu certaines tentatives menées par des personnes qui ont créé leur propre cabinet. Mais elles ont disparu pendant la récession, notamment celle de 1993 ou celle, plus récente, de 2002-2003. Pourquoi j’ai réussi ? Il n’y a pas de recette miracle. Je travaille beaucoup. Je ne prends presque pas de vacances depuis 15 ans. Je me contente d’une ou deux semaines. Il y a un vieil adage français qui dit : « A force de forger, on devient forgeron. ». Et j’ajoute : à force de travailler, on finit par être un professionnel reconnu !

Afrik.com : Votre success story a été si bien menée au point que le Who’s Who, le fameux annuaire des gens qui comptent, s’est intéressé à vous…

Saïd Elinkichari :
Il n’y a pas de gloire personnelle. Le travail finit par être récompensé. Le Who’s Who, qui existe aussi en Allemagne, en Espagne et dans d’autres pays, est un annuaire créé par une société indépendante recensant 22 000 personnes qui comptent le plus en France dans plusieurs secteurs d’activité (médias, culture, art, histoire, éducation, économie, politique…). On y trouve tous les députés de France, les chanteurs, les grands journalistes, les grands patrons, etc.
Mon nom figure dans cet annuaire depuis 2002. Quand on y rentre, on y reste tout le temps ; on y sort quand on décède. J’ai demandé à un stagiaire de mon cabinet de repérer les 22 000 personnes qui figurent dans l’annuaire Who’s Who en France et de me repérer les noms à consonance arabe. Sur les 22 000 personnes que compte l’annuaire, il y a 16 patronymes arabes. Peut-être qu’il y en a d’autres qui apparaissent sous d’autres noms, mais il y en a 16 seulement qui s’appellent Saïd, Mohamed, Omar…
Lorsque j’ai été contacté pour la première fois, ma surprise a été grande. Je pensais que c’était un ami qui avait parlé de moi à la société responsable de l’édition. Quand on m’a envoyé un courrier m’invitant à envoyer mon CV détaillé pour figurer dans l’annuaire, j’ai immédiatement pris contact avec la société en question. Je me suis permis d’appeler la société éditant l’annuaire. Je leur avais fait part de ma grande stupéfaction de recevoir le courrier en question, et souhaitais vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une erreur. Etant rassuré, j’ai demandé ensuite à me renseigner sur la personne qui les avait orientés vers moi. Et là on m’a passé une responsable du service concerné. Il y a tout un service dédié à cela. Cette personne m’a assuré que personne ne leur avait parlé de moi, en précisant que la société refusait de travailler ainsi et d’intégrer dans l’annuaire des personnes recommandées par des agences de communication ou par d’autres. Les personnes sont identifiées de façon indépendante de tout lobby, groupe de pression ou autres. A titre de curiosité, j’ai demandé des explications sur ce que j’avais de si particulier ayant guidé leur choix. La personne m’a dit tout simplement : « Votre société a été créée depuis 12 ans, vous connaissez le monde de l’emploi, la presse spécialisée parle de vous, vos articles existent sur plusieurs supports. On s’est renseigné sur vous. On a jugé qu’il serait opportun de vous présenter à nos lecteurs. »

Afrik.com : Est-ce que le fait d’être un cabinet de chasseur de têtes et que vous travaillez avec les services de ressources humaines vous donnent une idée précise sur les obstacles pour l’intégration professionnelle des Français d’origine maghrébine ? Avez-vous connu des cas de refus par les recruteurs à travers votre cabinet ?

Saïd Elinkichari :
Dans toutes les sociétés humaines, une personne différente par ses origines, par sa culture et sa religion est toujours plus ou moins rejetée. C’est pour cela que l’on parle de problèmes d’intégration de personnes issues de l’immigration. Il ne s’agit pas uniquement d’un problème propre à la France. Il existe un peu partout. On me pose toujours la question : « Avez-vous été victime vous-même en tant que personne d’un problème de discrimination ? » Oui, effectivement, j’en ai été victime personnellement deux fois. La première remonte à l’époque où je suis arrivé en France, lorsque ma société m’a envoyé pour une mission de conseil chez un client. En consultant le travail effectué, alors que j’avais juste trois mois de présence en France, mon employeur a trouvé le travail tellement excellent qu’il a fini par me dire que ce n’était pas un « travail d’Arabe ». Lorsque je suis allé me renseigner auprès d’un collègue en lui demandant ce que cela signifiait. Il m’a dit de ne pas me vexer car l’employeur voulait en fait me complimenter. Le « travail d’Arabe » signifiait, en fait, un travail bâclé, un travail mal fait. La deuxième fois coïncidait avec l’époque où je cherchais des locaux pour mon cabinet. Mon cabinet se trouve à l’avenue Kleber, exactement entre l’Arc-de-Triomphe, les Champs-Elysées et la Tour Eiffel. Avant d’arriver ici, j’avais mandaté une agence pour la recherche des locaux. L’agence m’a alors proposé des locaux pas loin d’ici, à Paris, dans XVII ème arrondissement. Une fois les premières formalités accomplies, et que l’agence a étudié mon dossier, mes bilans etc., celle-ci m’a assuré avoir un très bon dossier et qu’il restait une simple mais toute dernière formalité, celle de la signature de la propriétaire qui était une vieille dame. L’agent va donc la voir et lui explique la situation. Mais, lorsqu’elle aperçoit mon nom, elle sursaute et hurle : « Ce n’est pas possible, je ne peux pas louer mon bureau à un Arabe. J’habite juste au-dessus. Elle a passé la nuit à réfléchir et n’a pas fermé l’œil à l’idée de louer à un Arabe. L’agence, embêtée, n’a pas pu me dire cela, mais elle a confié les faits à une collaboratrice, une française de souche. Voilà un exemple d’une discrimination flagrante ! Mais, moi, je ne m’arrête pas là. Je considère que ce genre de choses ne peut que m’inciter à être encore meilleur, à montrer à ses gens-là qu’ils se trompent en me jugeant comme cela. S’agissant du marché de l’emploi, il est régi par la loi de l’offre et de la demande qui détermine tout. S’il y a plus d’offres d’emploi que de demandeurs, il n’y aura pas de discrimination. On va chercher même des informaticiens au Maroc, par exemple. En 2000 et en 1999, la France manquait d’informaticiens. Une circulaire de Jean-Pierre Chevènement incitait le Préfet à autoriser à travailler en France tout ingénieur informaticien, quelles que soient ses origines, du moment qu’il avait trouvé un CDI. Des entreprises avaient même envoyé leur DRH au Maroc passer des annonces dans la presse locale et recruter des ingénieurs informaticiens.

Afrik.com : Parmi vos relations, vous cultivez des liens personnels avec M. Guillaume Sarkozy, M.Hervé Gaymard, M. Philippe Douste-Blazy, et d’autres. Qu’est-ce qui explique cette fascination pour le monde politique, ce tropisme pour les lieux de pouvoir ?

Saïd Elinkichari :
Quand on est chef d’entreprise, on est dans le monde de l’économie. La politique, c’est un autre monde. Personnellement, je ne serai jamais un élu, un député ou un maire. L’objectif pour moi n’est pas d’utiliser l’économie pour intégrer le monde politique, comme le font certains. Quand on est bon dans un domaine, il faut y rester. La politique est un métier qui n’est pas donné à tout le monde. Il faut savoir accepter le gain comme l’échec. Ce n’est pas facile. Si je fais cela, je serai un piètre politicien. Par contre, c’est très bien d’avoir de bonnes relations dans ce milieu. Si vous n’avez pas des relations influentes, jamais vous ne pourrez concrétiser vos idées. Elles resteront, comme les mémoires des étudiants, dans les armoires.
Pour concrétiser nos idées, il faut connaître des gens influents et efficaces qui pourront les transformer en réalité. Ces gens influents peuvent appartenir au monde politique ou au monde des médias. Il est bon de pouvoir, de temps en temps, utiliser ses relations. Ce sont des hommes conseillés par des personnes pas forcément issues de l’immigration comme moi ; je pense que c’est bien de leur donner un avis différent quand l’occasion se présente. J’ai la chance de tutoyer trois ministres de la République !