La star tranquille du petit écran congolais

Yves Kambala est le présentateur télé le plus respecté du Congo (RDC). Producteur de sa propre émission, « Célébrité 100% », réalisée depuis Paris, il incarne à 36 ans les valeurs éthiques et déontologiques d’une profession de plus en plus sans foi ni loi. Interview.

Yves le sage. Grande figure du paysage audiovisuel congolais (RDC), Yves Kambala s’impose malgré lui comme l’une des références télé dans le pays. Le journaliste, présentateur de sa propre émission, « Célébrité 100% », produite à Paris et diffusée sur la première chaîne privée congolaise (Antenne A). Yves est aujourd’hui une véritable star à Kinshasa. Plus connu pour son travail que pour ses frasques à l’antenne, il cultive l’humilité et le professionnalisme.

Afrik : On vous présente comme le Drucker (le plus ancien et plus respecté des animateurs de télévision en France) congolais. D’où vous vient cette réputation ?

Yves Kambala : Il y a beaucoup d’animateurs au Congo. Il y a notamment une jeune génération qui arrive et que je tiens à saluer. Mais ils ont tous tendance à s’attaquer entre eux, à régler leurs comptes et même à s’injurier par émission interposée. Ils ont chacun leur slogan, leur pseudo et font fi de certaines règles déontologiques. Je ne suis jamais tombé dans ce genre de dérives parce que j’estime que ça tue le métier. Ce n’est d’ailleurs pas dans mon tempérament. Je suis plutôt de nature calme et timide.

Afrik : Vous travaillez essentiellement depuis Paris. Pourquoi ?

Yves Kambala : Paris est la plaque tournante de la culture contemporaine et le contenu est à 80% culturel. Au pays, les gens veulent savoir ce qui se passe à Paris. Ils veulent de l’information fraîche. Auparavant, Kinshasa recevait les infos avec deux semaines ou même un mois de décalage. J’ai également opté pour des émissions à l’extérieur du Congo parce qu’il est plus facile de voyager depuis Paris quand on veut suivre un événement. Que ce soit en Europe ou en Afrique. Mais même si je travaille depuis Paris, je retourne souvent au pays pour me ressourcer et pour ne pas être déconnecté de la vie congolaise.

Afrik : Vous êtes une véritable star au Congo. Comment faîtes-vous pour gérer le succès ?

Yves Kambala : Le plus difficile à gérer avec la célébrité est que les gens croient que vous avez tout. Comme vous voyagez beaucoup, ils pensent que vous êtes forcément nanti. Alors vos proches s’attendent à ce que vous partagiez ce que vous devriez avoir. Mais on ne peut pas donner tous les jours. Et certaines personnes pensent que vous refuser de partager. Ce sont des situations parfois difficiles à vivre car il faut penser à tout le monde : la famille, les amis, les techniciens…

Afrik : On reproche souvent aux artistes congolais leur mauvais comportement notamment leur fâcheuse tendance à toujours arriver aux concerts avec deux ou trois heures de retard. Qu’en pensez-vous ?

Yves Kambala : Le problème vient de nos artistes, mais également du public. L’exemple du dernier concert de Tabu Ley à Paris au Bataclan est symptomatique. Il a voulu commencer son concert à l’heure prévue, 20h30, résultat : il n’y avait que des Blancs au concert. Les Congolais ont commencé à arriver vers 23 heures. Ils ont donc leur part de responsabilité. C’est un cercle vicieux parce que les artistes veulent se faire désirer et sachant que le public arrive tard ils en font encore plus. Mais avec les producteurs, les artistes restent les mieux placés pour faire changer les choses.

Afrik : Il existe de violentes rivalités entre les artistes congolais. Comment expliquez-vous cela ?

Yves Kambala : Les groupes congolais sont de grandes formations. Quand le talent arrive à maturité, des clivages surviennent et la cohabitation devient souvent difficile. Il s’agit d’une dérive par rapport à l’époque de Franco et de Tabu Ley. Il y avait entre les deux hommes une réelle rivalité mais elle était surtout artistique. Et elle permettait de créer une certaine émulation. La nouvelle génération dérape. Et n’hésite pas à s’injurier à travers leurs chansons.

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