La stabilité du Maghreb passe par le Sahara Occidental

L’Algérie détient la clé du conflit au Sahara Occidental, selon le Pr Abdelhamid El Ouali, auteur d’un nouvel ouvrage sur la question sahraouie. Dans Autonomie au Sahara – Prélude au Maghreb des régions, le juriste en droit international insiste sur la nécessité de trouver une solution au problème du Sahara Occidental pour garantir la stabilité politique du Maghreb. Une région sur laquelle pèserait la menace de turbulences ethniques.

La résolution du conflit au Sahara Occidental est un impératif à la stabilité politique au Maghreb, selon le Pr Abdelhamid El Ouali de la faculté de droit de Casablanca, au Maroc. Il a présenté la semaine dernière à Paris son ouvrage intitulé Autonomie au Sahara – Prélude au Maghreb des régions publié aux Editions Stacey International. « Le Maghreb est appelé à entrer dans un zone de turbulence ethnique qui lui a été épargnée jusqu’ici, contrairement à de nombreux pays du tiers-monde et, de plus en plus, de nations européennes. Une lueur d’espoir  subsiste néanmoins, selon le chercheur, si une issue est trouvée au Sahara Occidental ».

De l’autodétermination-indépendance à l’autonomie

« Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle donne dans cette affaire. On voit les prémices d’un changement dans la position des Nations unies. » Un phénomène qui tient à trois raisons fondamentales, explique le Pr Abdelhamid El Ouali. « La première raison n’a rien à voir avec la question du Sahara. On assiste tout simplement à l’apparition d’un nouveau paradigme concernant l’autodétermination. Elle cesse d’être un droit à l’indépendance pour devenir, ce qu’il a toujours été en Occident, le droit à l’autodétermination démocratique, c’est-à-dire un droit à la souveraineté nationale du peuple, le droit à un gouvernement démocratique. La crise que connaît aujourd’hui la territorialité enjoint de traiter autrement les minorités et les communautés locales. On ne peut plus les ignorer. L’Etat ne peut pas survivre s’il ne partage pas ses compétences avec les communautés locales. »

Dans le contexte des pays en voie de développement du Maghreb, « l’autoritarisme des Etats » , la mondialisation qui affaiblit même les Etats-nations démocratiques dans leur capacité à maintenir la cohésion nationale et la transition démocratique forment un cocktail détonnant. Surtout pour un pays comme l’Algérie, analyse le chercheur marocain. « Ce qui m’inquiète, c’est qu’il y ait un processus de démantèlement de l’Algérie où se pose, par exemple, le problème kabyle. Dans le sud du pays, on retrouve également des populations qui considèrent avoir été dépossédées de leurs richesses. » Une telle crise pourrait se propager dans tout le Maghreb, suivant le principe des vases communicants. « Si l’oligarchie militaire qui dirige l’Algérie avait un sens de l’Etat, poursuit l’ancien fonctionnaire international, en d’autres termes de l’intérêt général, elle ne se serait pas aventurée dans cette question de l’autodétermination-indépendance du Sahara Occidental ».

Un scénario improbable depuis le départ, note le Pr Abdelhamid El Ouali qui voit là une seconde raison à l’évolution des positions sur le Sahara Occidental. « Beaucoup de pays se rendent comptent aujourd’hui qu’il est impossible d’appliquer l’autodétermination-indépendance au Sahara. Cela a été dit depuis 1991 par les différents secrétaires généraux des Nations unies et leurs envoyés spéciaux. » Peter van Walsum, l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara, a ainsi déclaré le 21 avril dernier que « l’indépendance du Sahara occidental n’est pas une option réaliste ». Notamment parce le recensement de la population sahraouie en vue de l’organisation d’un référendum s’avère difficilement réalisable.

L’oligarchie militaire algérienne mise en cause dans le problème du Sahara Occidental

Enfin, la proposition marocaine « joue en faveur de ce mouvement », estime le juriste. « Le Maroc propose un système d’autonomie assez avancé. On a l’impression que les auteurs de cette proposition [[Cette proposition a été élaborée à partir des suggestions du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (Corcas). L’organisation réunit les Sahraouis marocains.]], se sont ingéniés à combiner le meilleur de ce qui se fait dans ce domaine un peu partout dans le monde. Une véritable démocratie locale est prévue dans le projet marocain pour le Sahara Occidental. Le Maroc a fait une concession très importante avant Manhasset. On aurait dû en principe y discuter d‘autonomie, pas d’autodétermination qui ramène au processus d‘identification et à l’impasse auquel il a abouti. Les responsables algériens ne sont pas intéressés par la fin du conflit sahraoui, conclut le Pr Abdelhamid El Ouali.» Une analyse objective ? « Je suis un juriste spécialisé en droit international qui s’intéresse de près à la territorialité, tenu par les contraintes du droit positif, répond l’universitaire. On ne peut pas évoquer cette affaire du Sahara si l’on est pas objectif.»