La solitude de Saïd, intersexué marocain

Il n’est ni fille ni garçon. Saïd, 45 ans, est né intersexué (hermaphrodite). A cause de son « handicap », il n’a jamais pu accéder à un vrai travail, à des soins décents. Aujourd’hui, il rêve de devenir un « homme » pour pouvoir enfin mener une vie normale.

A bientôt 45 ans, Saïd n’a ni femme ni enfants. Il est chômeur, n’a pas de vie sociale et souffre de nombreux tracas de santé. Cette vie-là, il ne l’a pas choisie. Il est né intersexué, c’est-à-dire ni tout à fait garçon, ni tout à fait fille. Saïd vit dans une petite localité près de Tétouan, au Maroc, avec sa famille. Les préjugés sociaux lui mènent la vue dure, et l’absence de prise en charge de sa « pathologie » par les autorités n’est pas pour arranger les choses. Il n’empêche que Saïd reste debout et garde la tête haute : « Je dis aux intersexuels, ne vous cachez pas, vous n’avez aucune raison d’avoir honte. » Entretien.

Afrik.com : Comment grandit-on quand on est intersexué ?

Saïd :
Mon enfance a été très difficile. J’ai souvent était seul. A cause de mon intersexualité, j’ai été privé de mes études. Je ne pouvais pas supporter la vie à l’internat où j’étais. Mes camarades se moquaient de moi parce que j’étais différent. J’avais beaucoup de mal à dormir, je ne pouvais même par aller aux toilettes parce qu’il n’y avait de portes. J’étais brillant. J’ai arrêté en 1985.

Afrik.com : Vous travaillez ?

Saïd :
Ce n’est pas facile pour quelqu’un comme moi de trouver du travail. Il y a quelques années, je travaillais dans un magasin. Un jour le gérant m’a touché par inadvertance la poitrine. Il s’est aperçu que c’était une poitrine de femme, alors il m’a mis à la porte. J’ai vécu comme cela dans la solitude, tout le temps, toujours seul. Je n’ai rien choisi, je suis né avec cela. Je suis différent. J’ai un prénom masculin, je suis féminin. Cela pose des problèmes.

Afrik.com : Et vous suivez un traitement ?
_ Saïd :
J’ai envie de suivre un parcours médical pour devenir un « homme », suivre un processus de « correction de sexe ». Enlever mes seins, qui me posent beaucoup de problèmes parce que je porte un tee-shirt compressif. C’est très difficile. J’ai fait plusieurs hôpitaux et vu beaucoup de médecins. Mais on ne m’a donné aucun traitement. A chaque fois, un médecin m’orientait vers un autre. Mais personne ne s’est vraiment soucié de moi. Un urologue s’est fichu de moi. Il m’a fait une ordonnance sur laquelle il avait écrit « douleurs abdominale ». Je suis diabétique et j’ai un cancer.

Afrik.com : Avez-vous effectué des démarches pour effectuer cette « correction »

Saïd :
Mais je n’en ai pas les moyens. Le trajet jusqu’à Rabat est loin et les soins coûtent cher. Je n’ai pas étudié, c’est difficile, la solitude. Je ne sais pas pourquoi cela m’arrive à moi.

Afrik.com : Vous ne semblez pas avoir peur de parler de votre intersexualité, bien que ce soit un sujet tabou…

Saïd :
Je suis le seul Marocain, peut-être le seul arabe, à crier haut et fort son intersexualité. Je me suis longtemps caché, mais je n’en ai plus envie maintenant. Je dis aux intersexuels, ne vous cachez pas, vous n’avez aucune raison d’avoir honte.

Afrik.com : Est-ce qu’il y a des personnes qui vous soutiennent dans votre entourage ?

Saïd :
Oui, cela se passe bien avec ma famille. Dans mon entourage, il y a beaucoup de gens qui m’encouragent, me disent « bravo ». D’autres m’insultent, me disent que ce que je vis est une punition de Dieu. J’ai l’habitude maintenant.

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