La situation au Zimbabwe fait la Une de la presse sud-africaine


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Alors que le gouvernement sud-africain prévoit une intervention humanitaire au Zimbabwe face à la recrudescence des craintes d’un effondrement total, la presse sud-africaine pense que la situation ne dégénère encore dans ce pays d’Afrique australe.

The Times rapporte que l’Afrique du Sud pense que le président zimbabwéen, Robert Mugabe, a perdu le contrôle de la situation. Il cite un officiel sud-africain qui s’exprime sous le sceau de l’anonymat. « Nous intervenons car M. Mugabe a perdu le contrôle », dit-il. « Il a perdu le pouvoir. C’est juste une question de temps avant que le pays n’implose. Il ne peut plus venir en aide à son propre peuple et c’est un danger pour la région », ajoute-t-il.

Le Mail & Guardian constate que depuis le début des années 2000, « ce pays torturé » qui semblait avoir atteint le fond du gouffre, s’enfonce davantage. « Les dernières émeutes ont été largement perçues comme le début de la fin. Les forces de sécurité sont la seule source de pouvoir qui reste à M. Mugabe. S’il ne peut pas les garder dans son camp, alors ses jours seraient comptés.

Une frange des 3.000 soldats de l’armée du Zimbabwe, essentiellement des officiers subalternes, s’était déchaîné dans les rues de Harare, et rien ne laissait croire à une mutinerie organisée.

Les hauts gradés de l’armée restent fidèles à M. Mugabe, ainsi que la redoutable police militaire. Les troubles semblent pour l’instant avoir été étouffées; fait révélateur, les soldats ne se sont pas joints à une manifestation des citoyens contre les restriction monétaires ».

Toutefois, le journal estime que le moment est venu pour la région de prendre des mesures radicales, avec l’Afrique du Sud aux avant-postes. « L’important est d’imposer des sanctions intelligentes contre la clique au pouvoir, du genre déjà appliqué par les Etats-Unis et l’UE, couper le « cordon ombilical » avec l’Afrique du Sud.

« Le Zimbabwe doit être suspendu de la SADC et exclu de ses consultations. Et comme l’a proposé le ministre des Affaires étrangères du Botswana, la réponse finale à l’intransigeance persistante doit être des sanctions régionales globales, à savoi le blocage des exportations du Zimbabwe et la suspension des fournitures d’électricité et de carburant ».

The Business Day constate pour sa part que M. Mugabe semble en passe de perdre sa poigne de fer sur l’armée, avec la manifestation des soldats suscitant des craintes de voir une révolte se préparer au sein des forces armées.

« La présence des soldats en émeutes dans les rues de Harare est-elle l’indication d’un changement dans l’équilibre des forces au sein de l’establishment militaire? Nous devons être prudents pour ne pas exagérer ou sous estimer la signification de ces émeutes. Les émeutes des simples soldats ne sont pas nécessairement un signe de fissure au sein de la classe « sécurocratique » mais en même temps, témoignent de l’émergence possible d’une crise de légitimité qui pourrait causer des divisions sérieuses au sein de la ZANU-PF et des « sécurocrates », poursuit le journal.

« Cependant nous ne devons pas écarter la possibilité que Robert Mugabe et le Commandement opérationnel conjoint réagissent simplement et de manière instinctive pour imposer les capacités répressives de l’Etat face à une crise économique et politique qui s’aggrave.

« Un Etat en faillite peut avoir un effet aussi pernicieux qu’une dictature militaire qui est au sommet de son pouvoir. Nous ne devons, par conséquent, pas écarter la possibilité de combats entre l’armée et la police, une mutinerie généralisée entre différents groupes de soldats ».

The Times indique que le gouvernement sud-africain, qui niait autrefois la gravité de la crise de l’autre côté de sa frontière, a finalement pris le taureau par les cornes.

« L’ancien président Thabo Mbeki, qui a aidé au maintien du régime de M. Mugabe en traînant les pieds pendant une décennie, heureusement baissé en tant que force politique. A sa place, Kgalema Motlanthe, muni d’un mandat sans réserve de l’ANC au pouvoir, a commencé à s’attaquer à la réalité des souffrances humaines ».

« Après la vague de xénophobie violente de l’année dernière, l’effondrement du Zimbabwe est une occasion pour les Sud- africains de montrer qu’ils sont de bons voisins.

« Nous devons accueillir les réfugiés sanitaires, leur donner le meilleur traitement que nous pouvons offrir, et en nous engageant ainsi, nous retrouverons notre humanité ».

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