La seconde patrie de Mohamed Berrada

Le Marocain Mohamed Berrada livre dans Comme un été qui ne reviendra pas (éditions Actes Sud) la passion qui le lie à la capitale égyptienne, sa seconde patrie.

 » De l’instant où ses pieds ont foulé le sol du Caire, où les voix, le fond sonore, ces mots chantants, allongés ou relâchés, qui montent des stores à l’heure de la sieste, ont pénétré ses oreilles, il s’y est irrémédiablement attaché.  » Hammad, le Marocain, se rappelle de l’Egypte des années cinquante. Dans le livre de Mohammed Berrada, Comme un été qui ne reviendra pas (éditions Actes Sud), Hammad fait revivre des jours qui émergent  » comme l’écume du Nil « .

A 17 ans, il choisit Le Caire pour continuer ses études,  » la tête remplie de scènes de films, de chansons de Mohammed Abdel-Wahhâb, Farid el-Atrache, Asmahane et Oum Kalsoum, de noms d’écrivains – Taha Hussein, Tawfik el-Hakim, Manfaloûti « . Egypte rêvée, objet de tous les fantasmes. Egypte vécue par le jeune Marocain et ses compatriotes, à l’heure de la révolution nassérienne et de l’émergence des nationalismes arabes.

La voix de Nasser

L’émotion devant les discours de Nasser –  » Et la voix de Nasser arriva, métallique, incisive, pathétique, ironique, défiante, sincère, avec ce langage spontané qui va droit au coeur du peuple  » – les premières amours bercées par les chansons du  » Rossignol « , les études de français, la cohabitation avec les camarades, les verres de Stella fraîche et l’odeur caramélisée du koshari s’entrechoquent au fil des pages… Récit d’apprentissage où l’introspection tient une grande place, le livre de Mohamed Berrada est un hymne au Caire en particulier et à l’Egypte en général.

De Zamalek à El-Qarâfa –  » cette cité où morts et vivants cohabitent en paix  » -, de Dokki à Khan el-Khalili, Mohamed Berrada décrit avec tendresse une Egypte révolue. Dans les années 90, c’est un homme mûr qui se retrouve dans la capitale égyptienne et observe les mutations de cette société qu’il a aimée et aime encore si fort. Au-delà de ses entrevues avec Naguib Mahfouz ou d’un voyage à Alexandrie avec Edouard el-Kharrat, le Marocain, à présent vieilli, sent courir en lui  » des chuchotements, une sorte de dialogue entre la ville magique et moi.  » Un dialogue unique qui, lui non plus, ne reviendra pas.

Commander le livre : Comme un été qui ne reviendra pas. Le Caire, 1955-1996  » de Mohamed Berrada. Sindbad, Actes Sud.