La santé par les plantes… marocaines

Le phytothérapeute suisse Jean-Jacques Descamps soigne avec des plantes made in Maroc ! Au cœur des Alpes, il fait venir de la région d’Agadir menthe, sauge, romarin, boutons de bigaradier et huile d’argan…

Jean-Jacques Descamps est un phytothérapeute passionné. Il vient de sortir son dernier ouvrage, Défatiguez-moi, écrit avec Stéphanie Berg, aux éditions Phyto-Santé Lausanne. Responsable du secteur Wellness du centre thermal suisse d’Ovronnaz, il prodigue aussi ses conseils à la radio pour aider les gens à se soigner par les plantes. Il a découvert le Maroc et ses richesses naturelles il y a plus de 30 ans et, depuis, surveille personnellement les 10 hectares de cultures qu’il gère avec ses associés du côté d’Agadir.

Afrik : Vous venez de sortir un livre qui s’intitule Défatiguez-moi

Jean-Jacques Descamps : Oui, car le premier motif de consultation chez les médecins est la fatigue. Les gens sont fatigués pour différentes raisons. La vraie fatigue ne représente que 1 ou 2% des cas, pour le reste il s’agit de troubles internes qu’il faut soigner. Ça ne sert à rien de traiter les gens fatigués avec des vitamines, des excitants ou des toniques qui, à long terme, aggravent le problème. Dans le livre, j’explique donc comment surmonter les insomnies, les troubles digestifs ou encore les migraines, qui sont des causes de la fatigue.

Afrik : Et vous traitez donc par les plantes !

Jean-Jacques Descamps : Pour combattre la fatigue, il faut que nos fonctions soient au top niveau et c’est dans ce cadre que les plantes interviennent. Elles sont d’une aide considérable car, en premier lieu, elles nettoient l’organisme. Nettoyer, détendre et reminéraliser sont les trois grands axes de la phytothérapie. Je m’appuie aussi sur l’apithérapie. Prendre du miel avant de dormir permet par exemple de diminuer la fréquence des migraines déclenchées vers 2-3 heures du matin et qui sont dues à une hypoglycémie pendant la nuit. C’est tellement simple et peu onéreux ! Seule chose à prendre en compte : si on dilue le miel dans une eau trop chaude, il perd ses propriétés. Quant à la gelée royale, c’est le médicament anti-fatigue par excellence. Il a été discrédité car il est parfois vendu sous forme de mélange et à des prix prohibitifs. Pourtant, nous recommandons une cure d’un mois deux fois par an et chez nous la cure coûte 30 euros, ce qui est à la portée du plus grand nombre. On recommande la gelée royale aux femmes enceintes, car elle évite les nausées et donne tous les nutriments essentiels au bébé. Quant à la propolis, produite par les abeilles pour protéger la ruche des microbes, elle agit comme un antibiotique naturel. Elle traite les problèmes respiratoires, les bronchites et les sinusites qui, lorsqu’elles sont chroniques, fatiguent terriblement l’organisme.

Afrik : Quelles plantes issues du terroir marocain utilisez-vous ?

Jean-Jacques Descamps : Une plante qui se révèle étonnante, c’est le bigarabier, l’oranger sauvage, qui n’est pas traité. On extraie l’huile de néroli, à partir de ses boutons, qui a un parfum extraordinaire. Il faut plus d’une tonne de boutons pour faire 1 kilo d’huile essentielle. C’est pour cela que son prix est élevé. Nous nous sommes rendus compte que le bouton avait d’autres propriétés : on le met sous la langue pendant 10 minutes, le temps que l’huile pénètre et il règle des problèmes d’anxiété, d’insomnie, d’angoisse, du mal des voyages (il évite les nausées et les vomissements). Il aide à arrêter de fumer sans prendre de poids car il agit comme un coupe-faim. On peut aussi en donner aux enfants dits hyper-actifs et aux gens qui ont le syndrome des « jambes sans repos », une maladie neurologique qui donne des crampes et des douleurs, surtout pendant la nuit.

Afrik : Il y a aussi la fameuse huile d’Argan…

Jean-Jacques Descamps : Elle possède des bienfaits étonnants. Sous impulsion du roi, il y a même eu la création de la Fondation Mohamed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier, un arbre millénaire et mythique au Maroc. Nous avons un laboratoire sur place, qui nous permet d’extraire une huile d’excellente qualité. L’huile d’Argan a un taux d’acides gras, indispensables pour notre système neurologique, très important. Dans les salades et les tagines, son goût de noisette est extra et elle a des vertus digestives. On peut aussi s’en servir en massages ou pour embellir sa peau et ses cheveux. Elle lutte contre le dessèchement et le vieillissement des tissus.

Afrik : Que doit-on penser de tous les dérivés de cette huile qui « fleurissent » sur les présentoirs ?

Jean-Jacques Descamps : Ils peuvent être efficaces mais il faut savoir que l’huile d’Argan pure coûte moins cher que des produits dérivés qui n’en contiennent qu’un faible pourcentage.

Afrik : Comment avez-vous découvert le Maroc ?

Jean-Jacques Descamps : C’est une coïncidence. Il y a plus de 30 ans, on recherchait des plantes sans pesticides. Au Maroc, on a trouvé des légumes et des fruits de qualité et on a décidé de faire pousser nos plantes là-bas. Nous avons eu raison car nos plantes ont une qualité extraordinaire en teneur d’huiles essentielles. On a d’abord loué des terres près du barrage, à 70 km d’Agadir. Puis il y a eu des années de sécheresse terrible, toutes nos plantations sont mortes. On a alors acheté 6 hectares avec un puits. Aujourd’hui, nous avons une dizaine d’hectares, dans la région d’Agadir, sur lesquels nous faisons tourner les cultures, sans insecticide ni pesticide. Nous avons un responsable d’exploitation à qui nous achetons toute la production. Nous faisons pousser menthe, sauge, romarin, verveine, ortie, chiendent, citronnelle, mélisse, oliviers, eucalyptus… Et les champs sont entourés de bigarabiers. On en ramasse les boutons un à un et à la main, suivant une technique minutieuse, et pendant une période de 4 jours maximum depuis le début de la formation du bouton… Car c’est lorsque le bouton fait 2 centimètres que sa concentration est la plus forte !

Afrik : Les Marocains avaient-ils l’habitude d’utiliser le bigarabier en phytothérapie ?

Jean-Jacques Descamps : Pas vraiment. Les Marocains utilisent cet arbre comme pare-vent pour protéger leurs cultures et pour extraire l’huile de néroli.

Afrik : Comment avez-vous découvert les propriétés des plantes marocaines ?

Jean-Jacques Descamps : En écoutant les gens ! Grâce à leurs témoignages et à leur expérience personnelle. C’est le cas pour le bouton de bigarabier sous la langue. Quelqu’un avait testé, on a nous-mêmes essayé et vu que ça marchait ! Sinon, dans aucun livre de phytothérapie il n’est question du bigarabier. Une autre personne nous a raconté avoir soigné une cicatrice en mettant de la gelée royale dessus. On s’est rendu compte que la gelée royale avait effectivement un pouvoir régénérant.

Afrik : Et vous, comment êtes-vous devenu phytothérapeute ?

Jean-Jacques Descamps : C’est une longue histoire ! J’ai appris avec mon cousin, Maurice Mésségué, grand phytothérapeute*. Nous avons ouvert le premier centre en Suisse pour appliquer ses méthodes de décoctions et de tisanes. Plus que des connaissances apprises dans les livres, j’ai fait la connaissance de gens formidables qui m’ont transmis leurs savoirs mais j’ai encore beaucoup à apprendre ! Comme je travaille avec le Brésil, notamment pour la propolis, j’ai un projet de centre de protection des plantes en voie de disparition. Pour sauvegarder le patrimoine des plantes qu’on aura pu sauver. J’espère bien y arriver avant la fin de ma vie !

* Dans les années 1970, Maurice Mésségué a révolutionné la phytothérapie et l’aromathérapie en les faisant connaître au grand public.

Défatiguez-moi de Jean-Jacques Descamps et Stéphanie Berg, Edition Phyto-Santé (Lausanne, Suisse)