La rose pourpre de Blida

Nassima, la chanteuse de musique arabo-andalouse de la sanaâ d’Alger et bien sûr de celle de Blida, sa ville natale, est l’une des interprètes qui veillent au « grain » des voix féminines de ce style musical authentiquement traditionnel.

De notre partenaire El Watan.

Une templière oeuvrant à la vulgarisation de la sanaâ et, par conséquent, à sa préservation. Nassima, cette rose blidéenne, qui, à la fleur de l’âge, fera ses premières armes sous les auspices et les ailes protectrices de maîtres comme Dahmane Benachour, avec qui elle s’essayera aux techniques vocales, aux istikhbarate et autres jeux de solistes, vient d’éditer une nouvelle galette. C’est tout chaud, tout neuf.

Un amour de « dziria »

Un CD intitulé sobrement Musique andalouse d’Alger, sorti sur le label de l’Institut du monde arabe (Ima). Il s’agit d’un troisième opus, après Nouba Dil (Playsound) et Nouba Sika (Ima). L’album de Nassima, c’est 48 minutes de bonheur…andalou. Une master class à la touche gracieuse. La voix de Nassima, mezzo soprano, file du bon son andalou et hawzi. Et cette dziria, typique confiserie algéroise discographique, décline une brillance et une élégance lyrique et instrumentale d’une grande épaisseur artistique, fidèle et vraiment fluide.

Quatorze plages ponctuées d’instrumentaux, du nay (flûte) à la mandoline en passant par le violon, des moments acoustiquement dépouillés et à l’a cappella limpide. On retrouve le programme caractéristique « noubéen » renfermant un m’sadar,  » Ya Nass Ama Taâdirouni « , un betaihi,  » Mada Nahit Kalbi  » ou encore un khlas  » Ya men dara « . Dans une langueur de lamento et d’amours chagrines, Nassima chante, à la kuitra, l’espoir de Cupidon sur la takta rajak : « Amour, jamais ne désespère/ de celui dont ton coeur est épris/ s’il s’éloigne, cours te rapprocher de lui/ peut-être qu’à ses côtés tu trouveras/ l’issue à ton malheur/ profitons d’un instant de félicité/ entre rameaux en bourgeons et jasmin/ au son des douces mélodies que lancent/ les oiseaux et le rossignol si éloquent/ profite, mon amour, d’un instant de bonheur, ici-bas… »

Mélodies qu’on fredonne

Pour cet album, Nassima s’est entourée de musiciens comme Noureddine Aliane au luth, Rachi Brahim Djelloul au violon alto, Djamel Allem à la mandoline, Hind Bellamine au piano, Kamel Labassi à la flûte et ce, sous la direction de Farid Ben Sarsa. Christian Ledoux, journaliste et spécialiste des musiques du monde écrit à propos de Nassima :  » Si elle règne comme chanteuse de noubat, elle n’a pas son pareil dans ce genre dérivé et plus léger que représente le hawzi, au charme indéniable et aux mélodies qu’on fredonne avec bonheur en quittant la salle. Elle apparaît alors comme la prêtresse incarnant le miracle des paysages fleuris de Blida et la beauté pâmée de la baie d’Alger « .

K.S.

Musique andalouse d’Alger de Nassima (Institut du monde arabe, distribution Harmonia Mundi)

Nassima en concert le 30 janvier 2003 au Théâtre de la Ville de Paris (2, place du Châtelet, Paris IV)