La révérence de l’espoir

Charles Taylor doit faire son discours d’adieu ce jeudi devant le parlement. Son départ permettrait un retour à la normal. Le pays n’a pratiquement pas connu de combats depuis deux jours. Certaines organisations humanitaires, refroidies par l’insécurité, envisagent un retour sur le terrain.

Charles Taylor sur le départ ? Le Président libérien devrait présenter sa démission ce jeudi devant le Parlement. L’ancien militaire quittera le territoire lundi prochain. C’est peut-être la fin d’une longue gesticulation politique. Taylor s’accrochait fermement au pouvoir pour échapper à son inculpation pour crimes de guerre par la Cour Spéciale de Sierra Leone. Le représentant spécial de l’Organisation des nations unies (Onu) a indiqué que l’ex-compagnon d’armes de Foday Sankoh devait saisir l’offre d’exil tant qu’elle était valable. En clair, il peut partir libre, mais reste justiciable. Un accord qui convient aux rebelles des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (Lurd). Leur chef, Sekou Damate Conneh, a déclaré : « Nous acceptons que les charges contre lui soient abandonnées si cela peut ramener la paix dans le pays, si cela peut lui faire quitter le pays ».

Toute la question est de savoir si Taylor partira pour de bon. Depuis que la crise au Liberia s’est considérablement envenimée, il a plusieurs fois déclaré, sous la pression internationale, qu’il céderai le pouvoir. Il a toujours trouvé des raisons pour conserver sa place et donc jouir de l’immunité politique. Il pourrait enfin accepter l’exil que lui offre le Nigeria à Calabar, au sud-est de Lagos. S’il quitte le Liberia le 11 août comme convenu, il sera bien accueilli. Selon des sources gouvernementales, trois bâtiments ont été refait à neuf et meublés pour le recevoir, lui et son entourage.

Héros soldats

Les Libériens n’attendent pas d’en savoir plus sur les prochains gestes du Président pour recommencer à vivre. L’arrivée des premiers effectifs nigérians de la force de maintien de la paix ouest africaine pour le Liberia (Ecomil), lundi, a été chaudement accueillie. Même s’ils sont restés cantonnés à la sécurisation de l’aéroport principal, situé au nord de Monrovia, et de ses environs. Au sud de la capitale, de gros affrontements ont eu lieu mercredi entre rebelles du Mouvement pour la démocratie au Liberia (Model) et forces loyalistes dans la ville stratégique de Buchanan. Mais le calme est globalement revenu. On rapporte même des embrassades entre pro-Taylor et dissidents. Témoignage de la lassitude des combats des deux côtés.

Les soldats nigérians devraient se déployer ce jeudi dans la capitale pour faciliter et sécuriser l’acheminement des convois humanitaires bloqués par la présence des rebelles. Les 1 500 hommes de l’Ecomil sont « soutenus » dans leur tâche par sept Marines arrivés mercredi. Petit contingent qui pourrait atteindre vingt personnes ces prochains jours. L’administration américaine a déclaré que quelques centaines de soldats tout au plus pourraient être dépêchés sur place selon l’évolution de la situation. Un autre bataillon nigérian est attendu samedi. Il sera suivi d’un troisième déploiement comportant des soldats ghanéens, maliens et sénégalais, explique Mohammed Ibn Chambas, secrétaire général de la communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

Possible retour des ONG

Les organisations humanitaires se réjouissent. Celles qui avaient quitté le pays pour des raisons de sécurité sont prêtes à revenir. Pour palier aux besoins des habitants, les rebelles ont utilisé les stocks rassemblés dans les entrepôts du port de Monrovia, qu’ils contrôlent. Du coup, les civils semblent moins exposés aux privations que ceux vivant dans les zones sous contrôle gouvernemental. Mais les réserves viennent à manquer. Les dissidents ont assuré mardi que la force ouest africaine pourra utiliser le port de la capitale pour distribuer de l’aide aux civils. La population souffre du manque de nourriture, d’eau, de médicaments et d’abris.

C’est dans ce contexte que les Nations Unies ont lancé un appel d’urgence à la communauté internationale pour recueillir 70 millions de dollars. L’organisation mondiale peine à réunir cette somme, les dons étant plutôt dirigés vers l’Irak. Le Service mondial de l’Eglise, une agence humanitaire américaine, a annoncé l’envoi dans les prochains jours d’un chargement de première nécessité. Si la situation s’améliore timidement sur le terrain, toutes les incertitudes n’ont pas été levées concernant le futur proche du Liberia. Le discours de Charles Taylor sera décisif.