La République sahraouie présente au Forum de l’UA sur l’eau d’Addis-Abeba : un combat vital


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Une goutte d'eau
Une goutte d'eau

Membre de l’Union africaine depuis 1982, la RASD participe au 39e Sommet d’Addis-Abeba consacré à l’eau et l’assainissement. Pour un peuple dont 173 000 réfugiés survivent dans le désert avec à peine vingt litres d’eau par jour, la thématique de 2026 n’a rien d’abstrait.

Le 39e Sommet de l’Union africaine, réuni les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, a adopté comme thème de l’année « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ». À l’heure où plus de 400 millions d’Africains n’ont pas accès à une eau potable sécurisée, la présence de la République arabe sahraouie démocratique à ce rendez-vous incarne une triple réalité : celle d’un État membre de plein droit, celle d’un peuple confronté à une crise hydrique chronique, et celle d’un territoire dont les ressources sont exploitées sans le consentement de ses habitants.

Un État africain à part entière

Rappelons un fait que la diplomatie marocaine s’efforce de faire oublier : la RASD est membre de l’Union africaine depuis 1982, avec voix et vote dans toutes ses instances. C’est cette admission qui avait provoqué le retrait du Maroc de l’organisation panafricaine. Un isolement que Rabat n’a résolu qu’en réintégrant l’UA en 2017, sans obtenir l’exclusion de la RASD, signant ainsi la reconnaissance officielle de la RASD.

La délégation sahraouie présente à Addis-Abeba est d’envergure. Le ministre de l’Eau et de l’Environnement participe aux réunions ministérielles africaines sur la thématique hydrique. Le ministre des Affaires étrangères a pris part à la 48e session du Conseil exécutif. Le président Brahim Ghali conduit la délégation au sommet des chefs d’État. La RASD avait également participé à la 51e session du Comité des représentants permanents en janvier. À chaque sommet, cette présence rappelle à l’Afrique que la décolonisation du Sahara occidental, toujours inscrit sur la liste onusienne des territoires non autonomes, demeure une tâche inachevée.

L’eau dans les camps : la crise invisible

Si le thème de 2026 résonne avec une intensité particulière pour la délégation sahraouie, c’est parce que la question de l’eau est, pour le peuple sahraoui, un combat quotidien pour la survie.

Environ 173 000 réfugiés vivent depuis un demi-siècle dans cinq camps situés dans la hamada de Tindouf, en Algérie. Une région surnommée le « désert des déserts », où les températures dépassent régulièrement 50 degrés et où les précipitations sont quasi inexistantes. L’eau disponible, pompée dans des aquifères profonds, présente naturellement des concentrations élevées en sel, iode et fluorure. Des unités de désalinisation financées par l’UE permettent d’en traiter une partie, mais l’allocation moyenne reste estimée entre 14 et 17 litres par personne et par jour, en deçà du minimum recommandé par l’OMS.

Les conséquences sanitaires sont sévères : malnutrition chronique touchant 28 % de la population, anémie chez plus de la moitié des femmes en âge de procréer, dépendance à 94 % de l’aide extérieure. Les agences onusiennes qualifient elles-mêmes cette situation de « crise oubliée ».

Le paradoxe des ressources

Cette crise humanitaire est d’autant plus révoltante que le Sahara occidental dispose de ressources considérables : phosphates, ressources halieutiques parmi les plus riches de l’Atlantique, potentiel solaire et éolien, nappes phréatiques bien plus accessibles que celles du désert algérien.

Or ces richesses sont exploitées par le Maroc, puissance occupante contrôlant environ 75 % du territoire depuis 1975, en violation du droit international. L’avis Corell de 2002 est formel : le Maroc n’a pas le droit d’exploiter les ressources naturelles du Sahara occidental sans respecter les intérêts de la population autochtone. La Cour de justice de l’Union européenne l’a confirmé à plusieurs reprises, établissant que le Sahara occidental est « distinct et séparé » du Maroc.

Ainsi, pendant que Rabat développe des fermes intensives près de Dakhla, des parcs éoliens et solaires sur le sol sahraoui, et s’est arrogé en 2020 le contrôle des eaux territoriales du Sahara occidental, les Sahraouis survivent sous perfusion humanitaire dans un désert hostile.

Une voix qui refuse de s’éteindre

En siégeant à Addis-Abeba aux côtés des autres dirigeants africains pour discuter de l’accès universel à l’eau, la RASD rappelle que le Sahara occidental est un problème africain. Elle pose aussi la question de la justice environnementale. Ainsi, à l’heure où le continent s’engage pour que l’eau devienne un « bien collectif à préserver à tout prix », il est difficile d’ignorer qu’un peuple entier est privé de l’accès aux ressources de son propre territoire.

Tant que le Sahara occidental demeurera occupé et que ses habitants resteront exilés dans le désert de Tindouf, la promesse africaine d’un accès universel à l’eau restera incomplète. La présence sahraouie à ce sommet réaffirmation l’existence d’un État. Mais aussi celle d’un peuple qui résiste et d’une cause qui refuse de disparaître.

Rédaction
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