La République Démocratique du Congo terrain d’expérimentations médicales ?

Il y a plus de dix ans, le Professeur Onitotsho Stanislas Wembonyama a déclaré que des équipes médicales avaient transfusé des habitants de la République Démocratique du Congo avec du sang contaminé par le VIH/sida. L’affaire n’avait pas fait de vague à l’époque. Pas plus qu’aujourd’hui où elle suscite beaucoup de scepticisme dans le milieu médical, qui dénonce une aberration.

Des équipes médicales ont-elles oui ou non transfusé des Congolais avec du sang contaminé par le virus du VIH/sida ? Le mystère reste entier, plus de dix ans après les accusations du Professeur Onitotsho Stanis Wembonyama, qui avait assuré qu’un empoisonnement avait bien eu lieu en République Démocratique du Congo. Une annonce fracassante faite en octobre 2001 lors de « La Marche du siècle », une ancienne émission télévisée française, mais qui n’a visiblement pas marqué les esprits. Certains intervenants sur le plateau à l’époque se souviennent à peine de ces quelques phrases assassines. D’ailleurs, ils n’y accordent que peu d’importance, jugeant la déclaration très peu crédible et même totalement irréaliste.

Du sang contaminé par le VIH/sida auraient sciemment été transfusé aux Congolais

Le programme visait à faire un état des lieux du sida dans le monde. Sur le plateau, plusieurs spécialistes, dont le Professeur Onitotsho Stanis Wembonyama. « Il racontait à quel point les services de santé étaient démunis pour faire face à la maladie et soigner les personnes infectées. Cela m’a vraiment frappée », se souvient Danielle Douard, pédiatre au CHU de Bordeaux, qui était assise juste à côté du médecin-pédiatre congolais.

C’est sans doute ce que la plupart des intervenants ont retenu de son intervention. Le plus choquant a, semble-t-il, disparu des mémoires. Le spécialiste a en effet assuré que des équipes médicales avaient mené des expériences « sauvages » en matière de vaccination sur des habitants de son pays, « notamment à l’hôpital Mama Yemo », rebaptisé hôpital général de Kinshasa.

« Trop tard pour en parler »

Mais il a surtout ajouté qu’« il y avait des équipes qui sont même allées un petit peu plus loin, qui transfusaient du sang contaminé aux malades pour voir le délai de séroconversion ». En d’autres termes, du sang souillé par le VIH/sida avait été transfusé pour voir au bout de combien de temps les personnes qui l’avaient reçu allaient passer de la séronégativité à la séropositivité. « J’étais présent dans le public lors de cette émission. Lorsque le Professeur a déclaré ses propos, d’une manière très détachée, un frisson a envahi l’assistance. Ce qu’il disait était si grave… Les visages des professeurs Luc Montagnier, Marc Girard et Michael Merson étaient d’ailleurs défaits. Ils ne s’attendaient vraiment pas à ça », se souvient le Docteur Claude Samuel, l’homme qui a révélé l’affaire du sang contaminé en France. Il avait également récemment confié à Afrik que la France avait exporté du sang contaminé en Afrique.

Aujourd’hui, le Professeur Onitotsho Stanis Wembonyama parle avec beaucoup d’amertume et de réserve de ces expérimentations sauvages. « Pourquoi parler de tout ça plus de dix ans après ? Révéler ces expérimentations nous a coûté horriblement cher parce que nous ne suivions pas le système de pensée unique. A l’époque, personne n’a réagi et des portes se sont fermées. C’est un mauvais souvenir que nous préférons oublier, mais qui nous colle à la peau », commente le responsable du Centre de l’enfant africain, qui ne remet pas en cause ses affirmations.

« Si ce qu’il dit est vraiment arrivé, c’est inadmissible. Toutefois, je ne pense pas que cela se soit réellement passé. Même il y a dix ans », estime le Professeur Luc Montagnier, présent lors de l’émission et qui travaillait alors à l’institut Pasteur. « Je m’inscris en faux contre de telles accusations, renchérit Danielle Douard, qui reconnaît n’avoir pas relevé la déclaration, la jugeant grossière. Il se peut que des gens aient été contaminés par le biais de matériel non ou mal stérilisé, mais de là à dire que des personnels de santé ont sciemment injecté du sang contaminé pour faire des expérimentations…c’est une aberration ! »

« Une accusation pour se disculper de la progression de la maladie »

Le Professeur Marc Girard, qui exerçait à l’institut Pasteur, se souvient des paroles de Onitotsho Stanis Wembonyama. Il avoue avoir « sauté au plafond » et avoir été saisi de « l’incrédulité la plus totale tant cela [lui] paraissait énorme ». Selon lui, cette histoire ne peut pas tenir la route. « Si des expériences avaient été menées sur des êtres humains, des résultats auraient été publiés. Nous en aurions vu les fruits. Ce qui n’est pas le cas », argumente-t-il.

Il poursuit son analyse en expliquant que cette déclaration est peut-être le fruit d’une volonté de mettre sur le dos des anciens colons une maladie très taboue. « La déclaration du Professeur Onitotsho Stanis Wembonyama n’est pas isolée. Tous les gouvernements africains ont inventé des excuses pour justifier la présence de la maladie sur leur territoire, mettant notamment en cause les anciens colonisateurs. C’est une façon politiquement correcte de se disculper pour ne pas porter le fardeau d’un mal si tabou », souligne le Professeur.

Le spécialiste africain qui complote contre l’ex-colonisateur? Pas si sûr selon le Docteur Claude Samuel. « Je ne sais pas quelle est l’origine des personnels médicaux qui ont fait ces expérimentations, mais je suis tout à fait convaincu par ce que le Professeur a déclaré. D’autant plus que j’ai eu un entretien avec lui à la fin de l’émission où il m’a certifié que ses dires étaient vrais », souligne le président de l’association Dentistes sans frontières. Une chose est sûre : si des expérimentations ont bien eu lieu, les corps médicaux qui les ont perpétrées ne reconnaîtront jamais leur responsabilité.

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