La reine des écailles

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La styliste gabonaise Beitch’Faro a remporté mercredi le Concours jeunes créateurs du Festival international de la mode africaine (Niger). Grâce notamment à une superbe robe brodée d’écailles de poisson, un matériau qu’elle a su apprivoiser pour se construire un style remarqué et remarquable. Interview.

De notre envoyé spécial au Niger

creatriceUne.jpgDes robes et des accessoires en écailles de poisson. Une combinaison a prioriétrange qui pourrait laisser sceptique. Sauf quand on voit le résultat. La styliste gabonaise Bernadette Mpaga Tchandi, plus connue sous le nom de Beitch’Faro, a émerveillé, mercredi, le jury du Concours jeunes créateurs du Festival international de la mode africaine (Fima, Niger, 1er au 6 décembre). Un nouveau départ pour l’heureuse lauréate qui nous explique la genèse de son style et ce que son prix va changer.

Afrik : Vous avez gagné avec une robe en écailles de poisson qui a fait forte impression devant le jury. Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez découvert cette matière ?

Beitch’Faro :
Les créateurs travaillent toujours les mêmes matériaux. J’étais à la recherche d’une particularité. Je me suis trouvée devant des écailles de poisson et je me suis dit pourquoi ne pas essayer de faire quelque chose avec ces déchets halieutiques. J’en ai ramassé pour les nettoyer. Je me suis rendu compte que je pouvais les traiter. J’ai commencé alors à faire des recherches personnelles. Ramassage, nettoyage, polissage, pose de paillettes ou de perles.

Afrik : Les écailles sont toutes posées à l’aiguille. Combien de temps de travail a nécessité la confection de cette robe ?

Beitch’Faro :
Plusieurs semaines. Des mois si l’on compte le ramassage et le traitement des écailles, notamment pour éliminer toutes les mauvaises odeurs. Et puis il y a la pose (soupir explicite). C’est très long parce que tout est fait à la main et par une seule personne.

Afrik : Votre second modèle s’inspirait de la pieuvre. Vous êtes très influencée par le thème de la mer.

Beitch’Faro :
Mon inspiration est très portée vers la mer alors que bizarrement je n’aime pas l’eau. Quand je pense à la conception d’un modèle, je me retrouve tout de suite face à la mer.

Afrik : Quel est votre parcours de créateur ?

Beitch’Faro :
A Libreville au lycée, j’ai annoncé à ma grande sœur que j’avais envie de faire autre chose que d’aller à l’école. J’étais en quatrième. Elle m’a proposé d’aller dans une école de couture en Italie. J’avoue qu’au départ j’avais juste envie de quitter le lycée, je n’étais pas passionnée par la mode. Mais je suis tombée sur des professeurs qui m’ont appris à aimer le stylisme. J’ai passé plus de 13 ans en Italie. Mais je ne voulais pas rester en Europe. Avec tout ce que j’avais appris en Italie, il fallait que je ramène tout ça dans mon pays, afin de faire profiter les jeunes de mes compétences.

photoenlong.jpgAfrik : Vous aviez déjà des collections en Italie ?

Beitch’Faro :
Pas vraiment. J’avais des tenues présentées lors des différents examens. J’en ai eu trois ou quatre qui sont restées des chefs d’œuvre pour moi. Je n’avais jamais travaillé les écailles de poisson en Italie. J’en avais déjà ramassé mais je les ai gardées dans un sachet pendant des années. Ce n’est qu’une fois arrivée au Gabon que j’ai décidé de les travailler.

Afrik : Comment est perçu votre travail au Gabon ?

Beitch’Faro :
Les Gabonais reconnaissent que je fais du bon travail mais il y a toujours ce complexe pas seulement gabonais mais africain par rapport aux productions africaines. Les gens apprécient beaucoup plus le travail qui vient de l’extérieur. C’est seulement maintenant qu’ils commencent à nous encourager. Je n’ai jamais fait de sorties internationales. Je fais des défilés sur place au Gabon donc mes créations n’ont pas vraiment un gros impact.

Afrik : Avez-vous des boutiques au Gabon ou en Afrique ?

Beitch’Faro :
Faute de moyens, je n’ai malheureusement qu’un petit atelier où j’ai quatre machines. Je suis aidée par mes sœurs pour continuer mes activités. Le premier prix du Concours jeune créateur du Fima représente beaucoup pour moi. D’une part, j’ai une plus grande visibilité internationale ce qui, je l’espère, m’ouvrira d’autres portes. D’autre part, les 5 000 dollars du prix vont me permettre de m’installer et d’avoir un atelier où je pourrai travailler dans de meilleurs conditions. Il s’agit tout simplement pour moi d’un nouveau départ.