La recherche  » sociale  » prend le pas sur la recherche agronomique

Et si les plus belles innovations agronomiques étaient réalisées par les paysans africains eux-mêmes ? Les organismes occidentaux de terrain sont de plus en plus nombreux à faire ce voeu d’humilité. Plutôt que de prescrire des solutions miracles du haut d’un savoir-faire technologique, priorité est donnée à l’observation des organisations humaines. Ne pas oublier que derrière chaque agriculture, il y a des agriculteurs, tel pourrait être l’esprit des innovations futures.

Plus que sur la science, c’est sur une meilleure  » gestion sociale de l’agriculture «  que l’Afrique doit compter.  » Les problèmes d’alimentation ne seront pas résolus par la création de nouvelles variétés. Les plantes transgéniques qui sauvent l’Afrique, c’est de l’intox des communicants des grandes firmes, pour changer leur image auprès des opinions publiques », estime un observateur.

Par  » gestion sociale «  de l’agriculture, il faut entendre une meilleure connaissance de l’environnement humain. Certains Organismes non gouvernementaux, de coopération et d’aide au développement tendent de plus en plus à s’intéresser au mode d’organisation des agriculteurs, afin de trouver des solutions adaptées. Inutile d’impulser des modes de production ou de protection des ressources en légiférant, alors que localement, c’est le droit coutumier qui est appliqué.

Le riz à la volée

Inutile encore, de pousser au développement de cultures maraîchères dans des contrées où l’eau est rare et assurée par des femmes. Celles-ci n’ont ni le temps, ni les moyens de déplacer des tonnes d’eau sur l’épaule sur des distances énormes pour faire fructifier les semis.

 » Lors d’un déplacement à Madagascar, je suis tombé sur le cas suivant : les paysans brûlaient la forêt pour semer du riz, alors qu’à proximité des marais pouvaient se transformer en zone de riziculture intensive « , raconte Frédéric Castell, spécialiste de la forêt tropicale au sein de l’association Les amis de la Terre.

Progressivement les différents partenaires, mettent en valeur ces zones. Reste aux paysans de les exploiter à leur bénéfice. Echec complet.  » Le problème ici, ce n’était pas l’espace ou l’irrigation, mais le facteur humain. La culture du riz dans cette région ne ressemble pas à l’Asie du Sud Est. Il s’agit d’une part seulement de l’activité des gens. Elle est réalisée par les femmes qui ont bien d’autres tâches à faire. Repiquer les plans dans les marais constitue un travail trop long et trop difficile pour être assuré à temps partiel, par un nombre limité de personnes. C’était plus simple de brûler la forêt et de semer à la volée « , analyse l’expert de l’organisation indépendante.