La RDC, terrain de chasse de l’armée rwandaise

Le Rwanda arrive en force en République démocratique du Congo. Plus de 3000 soldats rwandais ont pénétré, mardi, dans le pays à la recherche des rebelles hutus rwandais. Avec l’accord et le soutien de l’armée congolaise, le contingent Rwandais traque les membres des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDRL) accusés d’avoir participé au génocide rwandais de 1994. Même si l’alliance entre les deux pays est une première, elle est loin de faire l’unanimité notamment chez les membres de l’opposition congolaise qui craignent pour la sécurité de la population.

Des milliers de soldats rwandais sont entrés, mardi, en République démocratique du Congo (RDC). Leur mission : traquer, avec l’accord et le soutien de Kinshasa, les rebelles rwandais hutus, réfugiés dans le pays, depuis le génocide de 1994. D’après le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich, le porte-parole de la Monuc, la Mission des Nations unies en RDC, au moins 3500 soldats rwandais avançaient, mercredi, au Nord-Kivu, province de l’est congolais, limitrophe du Rwanda.

De son côté, le président de la rébellion hutu rwandaise des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), Ignace Murwanashyaka, a annoncé que 6000 soldats rwandais se trouveraient, également, au Sud-Kivu. « Environ 6000 hommes lourdement armés sont entrés dans la région. Ils ont été immédiatement déployés dans les localités de Mwenga et dans le parc de Kahuzi-Biega, selon des rapports de terrain qui me sont parvenus », a-t-il déclaré, mercredi, à l’AFP. La localité de Mwenga est située à environ 80 km au sud-ouest de Bukavu, capitale du Sud-Kivu, frontalier du Rwanda.

Kigali et Kinshasa unis contre les rebelles hutus rwandais

Le 5 décembre dernier, Kigali et Kinshasa avaient annoncé leur intention de combattre ensemble les FDRL, dont certains membres avaient participé au génocide rwandais de 1994. Les anciens pays ennemis sont désormais devenus des alliés. La présence des rebelles hutus avait été l’un des points de discorde entre le Rwanda et la RDC qui reprochait à son voisin de les utiliser pour grossir son armée.

« Nous avons lancé une invitation à l’armée rwandaise qui est venue avec des officiers de renseignement », a déclaré la ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende. Cette opération menée par les FARDC (Forces armées de RDC) est appuyée par la Monuc, a-t-il précisé. Des propos démentis par le porte-parole de la Monuc à Kinshasa, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich. La traque des rebelles rwandais faisait partie des revendications de la rébellion à majorité Tutsi du Conseil national pour la défense du peuple (CNDP), dirigé par Laurent Nkunda. L’armée rwandaise et les FARDC ont reçu l’ordre de prendre la route vers Rutshuru, située à 100 km au nord-est de Goma, le fief de Laurent Nkunda, où se trouvent également l’essentiel des 6000 hommes du FRDL. Pour éviter toutes ingérences dans leur opération, l’armée congolaise a bloqué cet axe à la sortie de Goma. Mercredi matin, des véhicules de l’ONU, des ONG et des journalistes ont dû rebrousser chemin. Une situation jugée « inacceptable » par le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich qui exige la prise en compte de la « protection des civils et le respect du droit humanitaire ».

Le CNDP soutient l’armée rwandaise et congolaise

D’autres forces congolaises vont être envoyées vers la région de Masisi, le territoire du général Bosco Ntaganda, le chef d’état-major dissident du CNDP. La direction de la rébellion a affirmé à l’AFP qu’elle « n’empêcherait » pas les armées congolaise et rwandaise de passer. Le 16 janvier dernier, les rebelles dirigés par Bosco Ntaganda avaient déclaré unilatéralement la « fin de la guerre » contre l’armée congolaise. A l’instar de Laurent Nkunda, ils avaient également annoncé leur intention de traquer eux aussi les FDRL.

La colère de l’opposition

Si le commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, Louis Michel, s’est félicité mardi d’un « début de la solution » aux problèmes de la région, il n’en est rien du côté de l’opposition. « Nous sommes pour la traque des FDRL. Mais nous ne sommes pas d’accord avec la manière, avec les accords tenus secrets au niveau des gouvernements (Rwanda et RDC) sans que la population congolaise soit informée des tenants et des aboutissants de cette opération », a expliqué, mardi, à Radio Okapi, le président du comité national de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Valentin Mubake.

Les opposants appellent les autorités à protéger, dans un premier temps la population. Le secrétaire permanent de la communication du Mouvement pour la libération du Congo(MLC), Germain Kambinga, exhorte le pouvoir à privilégier « l’intérêt supérieur de la nation » dans la prise de décisions.

Malgré une forte mobilisation, le Rwanda et la RDC ne sont pas au bout de leur peine. Les FDLR demeurent une force puissante, financée par un système important de pillage des ressources locales.