La radio algérienne s’ouvre au monde

La Radio nationale algérienne compte trois chaînes principales, des chaînes thématiques, locales et couvre tout le territoire algérien. Prochain challenge : diffuser en France et en Afrique. Interview de M Tedjini-Bailiche, directeur général.

De notre envoyée spéciale

La Radio nationale algérienne diffuse ses différents programmes en arabe, berbère, français, espagnol ou anglais. Malgré la multiplication des paraboles dans le pays, le média résiste et rêve de conquérir d’autres territoires. Déjà sur satellite et Internet, la Radio algérienne vise la France et l’Afrique. Le point avec son directeur général depuis deux ans, M Tedjini-Bailiche.

Afrik.com : Combien de chaînes compte la Radio nationale algérienne ?

M Tedjini-Bailiche : La Chaîne 1 est arabophone (arabe classique et dialectal), la Chaîne 2 est d’expression berbère, à majorité kabyle, bien que les 13 dialectes du berbère soient représentés, et la Chaîne 3 est en français avec une heure d’anglais et une heure d’espagnol. Ce sont des chaînes généralistes. A Alger nous avons trois chaînes thématiques : El Bahdja ( » la souriante « ,  » celle qui ouvre ses bras « , qualificatif d’Alger, ndlr), à destination des jeunes, axée sur la musique et le sport, Radio Culture, qui émet sur le Moyen-Orient via Arab Sat et Radio Coran, qui a été mise en place pour contrer certaines dérives religieuses. Il y a aussi 22 radios locales qui ont pour principal handicap de posséder des émetteurs trop faibles pour couvrir de grandes distances.

Afrik.com : Travaillez-vous pour améliorer ce réseau de radios locales ?

M Tedjini-Bailiche : Nous sommes actuellement sur un projet de réseau FM de 36 émetteurs de 10 kilowatts. D’ici à fin 2003, ces radios locales pourront ainsi être régionales et diffuser sur des rayons de 200 à 300 kms. Pour 2002 nous avons le projet de 7 nouvelles radios locales. Fin 2003, il y aura une radio dans chaque wilaya.

Afrik.com : Au pays des paraboles, quel est l’impact de la radio sur la population ?

M Tedjini-Bailiche : La radio reste un média très important en Algérie malgré la prolifération des paraboles qui ne connaît aucune réglementation. Nous sommes en train de réaliser le premier sondage de l’histoire de la radio pour savoir qui écoute quelle chaîne et en quelle langue. C’est très important pour nous car pour le moment nous n’avons aucune donnée sur nos auditeurs. Tout ce que je peux dire c’est qu’avec l’arrivée de notre principal concurrent dans la région, la chaîne marocaine Medi 1 qui émet de Tanger, la Radio algérienne a dû se repositionner et s’ouvrir. Aujourd’hui, elle est très démocratique et englobe tous les modes d’expression, tous les modes de pensée. Et touche donc un large public.

Afrik.com : En parlant d’ouverture, vous souhaitez lancer la radio à l’étranger ?

M Tedjini-Bailiche : Notre grande ambition est la diffusion sur le câble français. Nous avons signé en juillet 2000 une convention avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel français (CSA) pour que les trois chaînes y soient diffusées. Pour l’instant, les négociations avec les distributeurs bloquent sur le plan financier mais cela va se régler d’ici quelques semaines. En attendant, on peut nous capter en France avec une parabole. Le réseau FM de 36 émetteurs va nous permettre de toucher les pays africains, notamment francophones. Ce réseau va longer les frontières malienne et nigérienne qui serviront de relais pour atteindre le Sénégal, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. En parallèle, nous travaillons dans le domaine des ondes courtes au Gabon avec Africa n°1. Et puis, nous sommes sur Internet depuis deux ans.

Afrik.com : Y aura-t-il prochainement des radios privées en Algérie ?

M Tedjini-Bailiche : Après l’ouverture démocratique de 1989, un arrêté de mars 1990 a permis l’éclosion de nouveaux titres privés, francophones et arabophones. La logique voudrait que ce qui a été fait pour la presse le soit aussi pour l’audiovisuel. Mais il y a une forme de frilosité du côté du gouvernement. Les textes élaborés sur la question restent dans des fonds de tiroirs par manque de décision politique. Mais cela finira par arriver. Au Maroc, une loi est passée dans le sens des radios privées. Bien sûr, le cahier des charges reste verrouillé et dissuasif mais c’est un début. En Algérie, ce sera pareil.