La presse maghrébine entre de bonnes mains

IPS distribue la presse maghrébine en France depuis 1993. Avec 15 titres à son actif, la société n’a pas de concurrents directs en France et se tourne déjà vers d’autres pays européens. A sa tête : Nadia Mebarek, chef d’entreprise… entreprenante.

Si vous pouvez acheter El Watan ou La Dépêche de Kabylie dans votre kiosque de quartier, c’est grâce à Nadia Mebarek. Cette ancienne attachée de presse, de père algérien et de mère allemande, a relevé un défi en 1993 avec la société IPS : imposer la presse maghrébine dans le paysage médiatique français. Après presque 10 ans de travail, c’est chose faite. IPS a réussi à confisquer le marché aux Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (NMPP) en 1995 et emploie aujourd’hui 8 personnes.

Afrik : Comment est née IPS ?

Nadia Mebarek : En 1993, j’ai travaillé avec une personne qui souhaitait faire imprimer les journaux maghrébins en France. C’est pour cela qu’IPS a été créée. Les éditeurs lui ont confié de l’argent pour monter le projet mais la personne en question est partie au bout de quatre mois, en ayant dépensé l’argent. Je me suis retrouvée seule et pour éponger les dettes de la société, j’ai proposé au éditeurs de vendre leurs journaux.

Afrik : A l’époque, les NMPP détenaient le monopole…

Nadia Mebarek : C’est vrai qu’au début, les NMPP n’étaient pas ravies…. A un moment, on distribuait en même temps et, à l’aéroport, on était obligés de tamponner nos journaux pour les reconnaître ! Ce qui a débloqué la situation, c’est le détournement de l’avion d’Air France en 1994. Les liaisons ayant été coupées entre Paris et Alger, on a récupéré la marchandise par Lyon. Puis les NMPP ont laissé tomber et on a récupéré le marché en 1995. Elles ont ensuite tenté de le reprendre mais les éditeurs ont refusé. Les NMPP distribuaient les journaux avec deux jours de retard. Nous, nous distribuons le jour-même de la parution. Nous distribuons nous-mêmes à Paris, Lyon, Marseille et Lille, et nous sous-traitons aux NMPP pour être partout ailleurs en France.

Afrik : Quels titres distribuez-vous ?

Nadia Mebarek : Nous avons commencé avec 2 titres, aujourd’hui nous en distribuons 15. Essentiellement des hebdomadaires pour le Maroc, comme La Gazette du Maroc, Le Journal, La Vérité, El Moutahab, un journal sportif, et des quotidiens pour l’Algérie avec El Watan, Le Matin, Liberté, La Tribune, El Khabar, premier journal arabophone, El Moudjahid, Le Quotidien d’Oran, Le Jeune Indépendant, Le Soir d’Algérie, et le dernier-né, La Dépêche de Kabylie, sorti en septembre 2002. Pour la Tunisie, nous avons deux hebdos et un quotidien.

Afrik : Combien d’exemplaires vendez-vous ?

Nadia Mebarek : Les journaux algériens représentent la part la plus importante du chiffre d’affaires et de la distribution avec 15 000 exemplaires vendus par jour. Nous vendons environ 2 000 exemplaires par semaine des hebdomadaires marocains. La conjoncture fait que les journaux algériens marchent mieux, les gens suivent les événements. Parmi la presse algérienne, Le Matin a détrôné El Watan depuis un an et demi, devenant le quotidien le plus lu.

Afrik : Dans combien de kiosques retrouve-t-on  » vos  » journaux ?

Nadia Mebarek : 183 à Paris, 24 à Marseille, une quarantaine à Lyon et 11 à Lille. Les gens lisent plus sur Paris, nous y avons un taux de vente de 70%. Il y a des titres plus ou moins lus, le problème c’est que de nombreux éditeurs nous envoient des quantités astronomiques de journaux que nous ne pouvons pas écouler. Les ventes sont très variables d’une semaine à l’autre, suivant l’actualité où l’heure à laquelle l’avion d’Alger arrive. Le marché est comme ça, on fait avec ! Maintenant, dans certaines librairies, il y a des présentoirs entiers de presse maghrébine alors qu’avant les exemplaires étaient distribués sous le manteau. C’est le cas d’une grande librairie à Vitry-sur-Seine (en région parisienne, ndlr) dont je suis particulièrement fière.

Afrik : Qui sont les lecteurs de la presse maghrébine en France ?

Nadia Mebarek : Des gens issus de l’immigration bien sûr mais on compte aussi 15 à 20% de personnes qui ne sont pas maghrébines. Notre meilleur point de vente à Paris, c’est le kiosque qui se trouve à la sortie du métro Barbès-Rochechouart, dans le 18ème arrondissement, il vend entre 200 et 300 exemplaires par jour, tous journaux confondus. Ensuite, viennent les kiosques du 20ème. Ceux de la Canebière à Marseille et du quartier de la gare à Lille marchent aussi très bien. Nos lecteurs achètent par nostalgie, pas pour l’information qu’ils pourront souvent trouver ailleurs. Malheureusement, c’est un état d’esprit qui a tendance à disparaître.

Afrik : Vous n’avez pas de concurrent ?

Nadia Mebarek : Pas dans notre milieu… mais Internet représente une concurrence importante !

Afrik : Quels sont les projets d’IPS ?

Nadia Mebarek : En France, le public ne peut être beaucoup plus large. Nous allons donc nous tourner vers d’autres pays, comme la Grande-Bretagne où nous sous-traitons déjà, la Belgique et la Hollande, surtout pour toucher la communauté marocaine. Pour le moment aucun journal maghrébin n’est distribué dans ces deux pays. C’est ce qui me plaît dans ce marché : c’est exponentiel. Vous pouvez toujours aller plus loin, toujours trouver un nouvel endroit où distribuer même si, à mon avis, la France reste, et restera, le meilleur marché.