La presse ivoirienne lue par Robert Ménard

La Côte d’Ivoire est un laboratoire. Pour le meilleur et pour le pire. Hier modèle de tolérance, aujourd’hui terre de discorde et même de haine. Et dans ce glissement vers toujours plus de violence et de xénophobie, les médias ivoiriens ont leur part de responsabilité. Pas tous bien sûr. Certains résistent à ce dénigrement systématique de l’autre, refusent de se transformer en brûlots racistes. Mais la plupart jettent de l’huile sur le feu, et sont devenus de véritables pousse-au-crime. Un peu à la manière du Rwanda de ces mois qui ont précédé le génocide…

Menaces, agressions, arrestations de journalistes, médias saccagés, émetteurs sabotés, dérives xénophobes : à chaque crise, le scénario est quasi identique. Des correspondants de la presse étrangère et des journalistes locaux sont pris à partie. Les médias d’Etat relaient la propagande officielle, s’associant à l’effort de guerre et aux appels du gouvernement en faveur d’une mobilisation générale. Un élan patriotique qui s’est parfois transformé en un nationalisme exacerbé, certains n’hésitant pas à montrer du doigt les « étrangers » au risque d’en faire les boucs émissaires de la crise qui secoue actuellement le pays.

Les journaux des différentes forces politiques se sont lancés dans une surenchère démagogique. A de rares exceptions près, les médias locaux ont déserté le terrain de l’information au profit de commentaires et d’éditoriaux partisans, multipliant les attaques verbales, les propos injurieux et calomnieux. Les radios internationales ont été interdites de diffusion sur la bande FM.

L’opinion publique ivoirienne est ballottée entre rumeurs et fausses informations. Les Ivoiriens sont mal informés. Et en pleine crise, c’est de bien mauvais augure.

Robert Ménard est secrétaire-général de Reporters sans frontières